Sexualité et basket féminin : la raison du cœur

Rares sont les thèmes où le basket féminin peut se vanter d’être en avance sur son homologue masculin. Pourtant, quand on évoque la sexualité et plus particulièrement l’homosexualité, le basket féminin se distingue positivement. Doit-on s’en contenter ? À notre humble avis, non, tout simplement parce ce que l’homosexualité reste un sujet marginalisé par un bon nombre de personnes mais également par les médias.

À travers cet article nous avons souhaité en parler librement, pour prouver que oui : il est possible d’aborder simplement la sexualité. Alors merci à Alex Tchangoué (coach et manager du Monaco Basket Association en NF1 et ancienne joueuse de haut niveau) ainsi qu’à Salimata Koita (joueuse du Chartres basket féminin en LF2) d’avoir accepté de prendre la parole. Vous retrouverez dans cet article des opinions différentes, des questionnements où la vérité n’est pas de mise. Parce que percevoir, aimer et penser est libre à chacun… C’est la raison du cœur ! Zoom sur la sexualité dans le basket féminin, pour ne plus jamais être Or-jeu !

Comment expliquer que l’homosexualité soit (encore) un sujet tabou en France ?

AT : L’homosexualité est encore un sujet tabou en France car le pays manque d’ouverture d’esprit. Par là je veux dire que l’on juge énormément sans vraiment savoir et les institutions ne font pas grand-chose pour que cela évolue.

SK : En France, sincèrement, je ne pense pas que ce soit un sujet tabou concernant les filles. En revanche, pour les garçons c’est encore très mal vu. Chez les filles, c’est un phénomène beaucoup plus toléré et accepté. Par exemple : voir deux filles dans la rue s’embrasser ne choquera personne alors qu’au contraire deux hommes si.

De mon point de vue, c’est la norme qui dicte le tabou en France car elle définit le couple par l’union d’un homme et d’une femme et non de deux personnes du même sexe. C’est une question de génération, nos parents ainsi que nos grands-parents ont évolué dans une société où l’homosexualité n’était pas bien acceptée. Aujourd’hui, avec la nouvelle génération, cette norme disparaîtra petit à petit.

Penses-tu que le monde du sport est plus ouvert que la société sur la question de l’homosexualité ? Qu’en est-il dans le basket féminin ?

AT : Je pense en effet que le monde du sport est plus ouvert sur ce sujet (ou d’autres d’ailleurs). Il est vecteur de valeurs essentielles et pourrait être pris en exemple pour pas mal de sujets dont l’homosexualité. Le sport permet le rassemblement des gens en allant au delà des différences et des «  barrières ». Il permet de créer un lien social entre les individus, et ce lien transmet des notions de partage, de confiance, d’effort, de tolérance, ce qui est une base solide pour développer des liens sains.

SK : Dans le monde du sport, si une femme nous dit qu’elle est lesbienne ou bisexuelle, on va d’abord chercher à lui poser des questions, à s’intéresser à sa relation et non l’attaquer elle-même. Alors, qu’au contraire quand c’est un gars la première réaction est « oh non mais moi je ne me doucherai pas avec lui ». Cela marque une différence majeure entre le basket féminin et masculin.

Si on écoute les préjugés, le sexe masculin est symbole de force, de virilité donc il parait impensable pour beaucoup qu’il soit gay or, en réalité, il n’y a pas de logique à cela.

L’homosexualité est un des rares sujets où le basket féminin et plus généralement le sport féminin est en avance sur son homologue masculin[1]. Comment expliques-tu cela ?

AT : Le basket féminin est en effet un peu plus en avance sur le sujet car de manière générale il est plus accepté d’être une femme homosexuelle qu’un homme homosexuel. Je pense que l’image du basketteur empêche l’acceptation qu’un basketteur puisse être homosexuel.

SK : Le basket féminin est nettement plus avancé que le basket masculin. Dans un premier temps, cela s’explique pour moi par la proximité qu’il peut y avoir entre filles, la facilité de passer de l’amitié à des sentiments plus forts en peu de temps. En centre de formation, les filles sont tout le temps ensemble de l’école au basket en passant par l’internat. Pour moi, c’est limite normal dans mon entourage de dire « je suis sortie avec cette fille là pendant mes années de formation ». Dans un second temps, je pense aussi qu’il faut mentionner l’effet de groupe et de société : voir ses amies sortir avec des filles influence forcément toute pensée. Par exemple, une basketteuse peut se dire « elle le fait bien elle, alors pourquoi pas moi ».

Je me suis également questionnée si ce n’était pas un effet de mode parce que si la société n’avait pas évolué beaucoup de filles ne seraient pas passées à l’acte. Comme ce n’est pas mal vu, c’est plus simple d’essayer, de prendre le risque d’être différent. Quand l’entourage est ouvert d’esprit cela incite forcément à le faire plus facilement.

Dans le basket masculin c’est ça le problème, aucun garçon n’a vraiment de rôle modèle à ce niveau. Peu ou pas de basketteur assume d’être homosexuel, du coup ceux qui le sont restent dans l’anonymat. Alors que chez les filles c’est plutôt le contraire, si tu n’as pas une amie lesbienne ou bi c’est rare.

Il y aussi pour moi les hétéros curieuses, c’est-à-dire les filles qui savent qu’elles veulent être avec des gars mais qui vont quand même se laisser tenter par une ou plusieurs expériences avec des filles pour « voir ce que ça fait ».

Certains travaux montrent qu’une femme performante est questionnée sur son genre et son orientation. Qu’as-tu à répondre à cela ? [2]

AT : Une femme ou même un homme performant l’est tout simplement par son travail, son alimentation, son environnement matériel et humain quel qu’il soit.

SK : Je ne sais pas trop quoi en penser mais dans mon cas personnel on n’a jamais mélangé mes performances sur un terrain de basket avec mon orientation sexuelle. En général, on me parle de ces deux sujets mais indépendamment l’un de l’autre. Pour moi il n’y a pas de lien entre les deux et une joueuse performante, musclée n’est pas forcément lesbienne. Jamais tu ne diras elle, elle est forte mais elle est lesbienne. Pour moi ce n’est pas quelque chose de professionnel et dans le monde du haut niveau cette pratique ne se fait pas.

Estimes-tu que le nombre de « coming ou­t » augmenterait si ce sujet n’était pas tabou ?

AT : Ce n’est pas le nombre de coming out qui est important car être gay n’est pas une mode, il faut arrêter avec le fait de mettre des gens dans des cases. C’est l’environnement qu’il faut faire évoluer afin que les gens soient plus en confiance d’être qui ils veulent être et aimer.

SK : Oui parce que mine de rien, il y a beaucoup de joueuses lesbiennes qui ne s’assument pas en dehors de la sphère basket. Je pense notamment auprès de leur famille. Il y a souvent des suspicions sur certaines et quand je leur demande elles sont gênées. C’est un sujet quand même encore tabou pour une partie de la société. Si c’était plus et mieux accepté il y aurait encore plus de « coming out » chez les garçons comme chez les filles. Au final, le problème c’est le regard des autres qui freine pas mal de personnes.

Une joueuse homosexuelle est-elle forcément féministe ?

AT : Une femme homosexuelle n’est dans aucune case mais je pense qu’elle est féministe oui.

SK : Non pas du tout, enfin moi par exemple je ne me considère pas du tout comme étant féministe. Tu peux être homosexuelle et ne pas être féministe et l’inverse est tout aussi vrai. Tu peux être hétéro et être féministe. Il n’y a pas de règle à ça et chacun est libre de penser et défendre ce qu’il semble opportun pour lui.

Après évidemment si une personne prononce des propos sexistes, homophobes je vais rétorquer mais ce n’est pas pour cela que je me considère féministe. Je vais répondre car ça va toucher mon estime et non parce que je vais me dire « je suis féministe ».

Selon toi, comment sont perçues les joueuses homosexuelles (professionnelles ou non) ? Est-il plus facile de le révéler publiquement pour une joueuse connue ?

AT : Honnêtement, en France, les gens jugent énormément pour un rien donc que ce soit pour l’orientation sexuelle ou autre. Nous sommes jugées en permanence et cela souvent de manière médisante… C’est bien triste. Quel que soit le sujet, un peu de bienveillance globale serait bienvenue. Nous serions tous mieux dans nos vies, dans nos peaux, homosexuels ou pas, on s’en fou !

SK : Franchement ça dépend de la personne et surtout de son entourage, de la religion de la joueuse. Par exemple, personnellement je n’ai aucun mal à parler de ça, à l’assumer et à le montrer. Sur mes réseaux sociaux je suis moi-même et je publie ce que j’ai envie. Mais je comprends que pour beaucoup de sportives de haut niveau cela peut être compliqué de le dévoiler sur les réseaux sociaux. L’image prend tellement de place dans la vie d’une joueuse professionnelle que certaines préfèrent cacher cette facette d’elles.

Considères-tu qu’il y ait assez de sensibilisation (clubs, fédération) sur la cause notamment auprès des jeunes générations ?

AT : Personnellement, comme je l’ai dit; quel que soit le sujet, plus d’initiative visant à prôner le savoir être, le savoir-vivre, le savoir-faire, la positive attitude et la bienveillance serait top au sein de toutes organisations sportives et gouvernementales.

SK : Pour moi ce n’est pas le rôle de la fédération ni de ceux des clubs de sensibiliser sur cette thématique. Les clubs ne prennent pas une joueuse en fonction de son orientation sexuelle mais bien en fonction de ses performances donc je ne vois pas pourquoi ils devraient sensibiliser les supporters ou autres membres du club. Alors que si ça vient d’une organisation extérieure comme une association, là je suis d’accord pour dire qu’il n’y a pas assez de sensibilisation sur le sujet. Mais sinon, bien sûr qu’on doit toutes et tous faire en sorte que l’homosexualité ne soit plus un sujet tabou mais je ne pense pas que ce soit le rôle des clubs et de la FFBB.

Les joueuses ont pour moi un rôle bien plus important dans cette sensibilisation. En effet, maintenant que cela devient « normal », il est plus facile de pouvoir en parler facilement avec les plus jeunes et leur expliquer qu’elles peuvent avoir le choix et ne pas forcément rentrer dans la case standard dictée par la société. C’est nous, la nouvelle génération qui sera porteuse de ce message de tolérance et d’acceptation.

L’ancienne génération n’a eu personne pour faire en sorte que cela soit normalisé alors que nous oui. Nous sommes nos propres acteurs !

 

SK : Pour finir, je veux juste inciter les gens à kiffer, à aimer les personnes qu’ils souhaitent et surtout à être eux-mêmes. Il faut arrêter de penser à ce que les autres vont dire ou à ce que la société souhaite véhiculer comme norme de base. On est dans une société où on a la chance d’être libre et de faire ce que l’on souhaite, alors profitons-en !

 

En ce début de semaine, nous célébrions la journée internationale des femmes en France. Il était important pour nous d’aborder un thème fort, peu ou pas abordé dans les médias. La sexualité fait partie de ces sujets connus, parfois effleurés mais jamais sublimés. Pourquoi ? En quoi est-ce tabou de parler de sexualité ? La liberté d’expression n’est-elle pas assez présente en France pour que la majorité se sente gênée à l’idée d’évoquer le sujet ? Chez Or-jeu nous avons la conviction qu’en parler c’est prendre position. Certain(e)s diront que nous sommes féministes, nous, nous affirmons que briser les stéréotypes, libérer la parole est essentiel. Le basket féminin se développe, les mentalités évoluent, ce n’est pas rien, mettons le en avant ! Alors merci, merci à Salimata et Alex d’avoir pu échanger avec nous sur ce sujet.

Parce que finalement, donner la parole aux joueuses, aux femmes c’est sensibiliser, démocratiser le choix et l’orientation sexuelle de chacune. 

Avoir des convictions est une chose, respecter autrui en est autre. Pour que le basket féminin continue de briller sur tous les terrains… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

Bibliographie :

[1] https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01157513/document

[2] https://www.cairn.info/revue-sciences-sociales-et-sport-2008-1-page-79.htm

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