Rupture du ligament croisé antérieur et basket féminin

Pourquoi les basketteuses sont-elles « autant » touchées par les ruptures du ligament croisé antérieur ?

La pratique d’une discipline sportive entraîne inévitablement le risque de blessures, certaines plus importantes que d’autres. Aujourd’hui, nous allons-nous intéresser à la rupture du ligament croisé antérieur chez les basketteuses. Afin d’accompagner cet article, Thierry Facquez, kinésithérapeute du sport au centre de rééducation Calvé de la Fondation Opale à Berck apportera tout son savoir sur une pathologie qu’il connaît bien auprès de notre discipline. Car en effet, il est également kiné au sein des équipes de France de basket féminines jeunes. Des facteurs liés au sport aux facteurs physiologiques, zoom sur une des blessures les plus redoutées…

Si la rupture du ligament croisé antérieur est si redoutée, c’est parce qu’elle est lourde de conséquences. En effet, l’opération est obligatoire pour une joueuse souhaitant retrouver les terrains. De plus, le temps de rééducation est important afin que la greffe puisse s’imprégner et se consolider. Il faut également prévoir un temps de réadaptation à la marche, puis à la course tout en re musclant les quadriceps et les ischios-jambiers.

La science est claire sur le sujet : le taux de rupture du LCA est supérieur chez les femmes. Concernant la pratique de la balle orange, le taux de rupture est près de 4 fois supérieur chez les basketteuses que chez les basketteurs.

Les mécanismes engendrant le plus souvent la rupture du ligament croisé sont : un mouvement de torsion du genou sur une réception soit un mécanisme d’hyperextension. C’est pour cela que de nombreuses ruptures du LCA se produisent après réception de sauts (rebond, interception, double pas, tir) ou pivot (départ en dribble, demi-tour, changement de direction, etc). Autre donnée intéressante, la rupture chez les féminines survient dans la majeure partie des cas d’un mouvement sans contact.

Salut Titi, merci d’être avec nous aujourd’hui pour approfondir le premier article du pôle santé. Comment expliquer une différence si importante entre basketteuse et basketteur concernant le LCA ?

Je pense que ce qui peut expliquer les ruptures du LCA plus nombreuses chez la basketteuse, c’est tout d’abord le morphotype au niveau du membre inférieur. En effet, un certain nombre de joueuses présentant un genou valgum (genou qui rentre) ou un recurvatum (hyperextension supérieure à la normale), voir l’ensemble des deux hypothèses. Ces morphotypes accentuent les risques d’entorses graves du genou avec rupture éventuelle du ligament croisé antérieur.
En plus de cela, nous connaissons maintenant l’incidence du cycle menstruel sur la survenue des blessures comme les ruptures du LCA. Et cela est dû au pic de production hormonale qui affecte la vigilance musculaire. Nous pouvons enfin mentionner les effets de la fatigue qui majorent les risques, bien que ce critère ne soit pas spécifique aux féminines.

Est-ce que l’ensemble des facteurs physiologiques féminins sont assez pris en compte par les coachs lors des entraînements ?

Bien entendu un coach en charge de basketteuses doit être vigilant et prendre en compte ces différents paramètres. Cela n’est pas toujours facile, car il y a les exigences du calendrier et parfois aussi le fait de travailler avec un effectif réduit lors des entraînements. De plus, le basket féminin est devenu un sport où les joueuses sont physiquement très sollicitées avec des impacts conséquents.
Pour toutes ces raisons une préparation physique poussée et adaptée est incontournable pour les joueuses :
– renforcement musculaire général et spécifique
– gainage
– travail cardio-vasculaire
– travail proprioceptif poussé exigeant des réponses immédiates des muscles et des articulations.

Il existe dans un certain nombre de fédérations (football, handball, basketball) des programmes de préparation et de prévention visant à réduire le nombre de ruptures du LCA. Ce type de programme est d’ailleurs appliqué au Pôle France de basket-ball (PFBB) et dans certains pôles de haut niveau de la FFBB, et nous aimerions développer ce type de programme.

Peut-on entraîner une basketteuse comme on entraîne un basketteur ? Pourquoi ? Quels sont les effets néfastes ?

Non, on ne peut pas entraîner des basketteuses comme on entraîne des basketteurs. L’état physique, les morphotypes sont différents selon les sexes. De plus, il faut ajouter à cela la fatigue, le temps de jeu en match ainsi que les aspects physiologiques féminins.

De ce fait, il est peu plausible de ne pas prendre en compte ces aspects lors des entraînements ou préparations physiques. Les coachs doivent être vigilants sur tous ces points pour préparer au mieux les filles à la dureté du jeu actuel. La clé est le travail physique important pour préparer les corps aux échéances.

Qu’est-ce qui explique l’augmentation notable de rupture du LCA dans le basket féminin ? La démocratisation de la discipline ? Les entraînements ?

Tout d’abord, c’est la démocratisation de la discipline et plus particulièrement du basket féminin qui provoque cette augmentation. Plus il y a de joueuses, plus il y aura de chances de blessures. Comme mentionné un peu plus haut, le basket féminin s’est transformé. Il est aujourd’hui bien plus physique, défensif, et impactant pour les articulations. Les joueuses sont elles aussi de plus grandes tailles et génèrent elles aussi des différences dans le jeu (contacts, solidités, musculatures). Enfin, l’intensité des matchs, la répétition accrue des entraînements (durée des entraînements + nombre d’entraînements) influencent le risque de blessure et de rupture du ligament croisé antérieur.

Et pour le haut-niveau comment tout se passe ?

Le problème est le même pour les équipes de haut-niveau (Euroleague par exemple). D’ailleurs les équipes qui réussissent le mieux ont des groupes de joueuses conséquents entre 14 à 16 joueuses pour palier à la fatigue et aux blessures. Les voyages à l’étranger sont également des faits à prendre en compte : trajet, match, décalage horaire (Russie, Turquie).

Si tu pouvais donner un ou plusieurs conseils aux joueuses qui nous lisent. Que leur dirais-tu ?

Je leur dirai de prendre soin d’elle au quotidien à travers trois paramètres essentiels de récupération :
– le sommeil
– la nutrition
– l’hydratation

Ces trois paramètres représentent la base d’une bonne forme physique et mentale d’une basketteuse pour pratiquer une activité physique intense.

Merci beaucoup Titi d’avoir été le premier professionnel de santé à répondre à Or-jeu à travers une pathologie. Si la rupture du ligament croisé antérieur est une des blessures les plus redoutées, elle n’empêchera jamais celles qui souhaitent mouiller le maillot de continuer à pratiquer cette discipline. Très prochainement, nous aborderons un sujet similaire… Alors restez connectés, pour ne plus jamais être Or-jeu !

*Cet article ne se substitue en aucun cas à un avis médical. Il est seulement là pour introduire une pathologie à partir de données scientifiques. Il semble opportun d’aborder certaines blessures quand celles-ci touchent davantage les basketteuses afin de sensibiliser et prévenir au maximum le risque de rupture.

Source : 

O.Siegrist. (2000). La rupture du ligament croisé antérieur et sport au féminin est-elle une blessure – Revue Médicale Suisse. La Rupture Du Ligament Croisé Antérieur et Sport Au Féminin Est-Elle Une Blessure. https://www.revmed.ch/RMS/2000/RMS-2309/20666

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