Relation agent – joueuse : la professionnalisation du basket féminin

Le métier d’agent sportif est né de la volonté de combiner sport et business à partir des années 1850. Si le sport masculin et dans notre cas le basket masculin ont été les premiers à bénéficier de cet essor, aujourd’hui la Fédération Française de Basketball (FFBB) ne fait plus de distinction entre les deux genres. En effet, en adéquation avec les dispositions du code du sport, la FFBB a défini l’activité d’agent sportif comme : “L’activité consistant à mettre en rapport, contre rémunération, les parties intéressées à la conclusion d’un contrat soit relatif à l’exercice rémunéré de la pratique ou de l’entraînement de Basketball, soit qui prévoit la conclusion d’un contrat de travail ayant pour objet l’exercice rémunéré de la pratique ou de l’entraînement de Basketball, ne peut être exercée que par une personne physique détentrice d’une licence d’agent sportif”. Si l’agent sportif est souvent perçu comme une personne intermédiaire entre les clubs et une joueuse, nous allons voir que son impact est bien plus important dans la vie d’une basketteuse.

Selon vous, l’activité d’agent sportif est-il un exemple de la professionnalisation du basket féminin ? Est-ce nécessaire de bénéficier d’un agent ? Pour en savoir davantage sur cette activité, nous sommes partis à la rencontre de l’agence GAgency Basketball et de ses trois membres : Guillaume Althoffer (agent sportif) – Thierry Chabroux (scout) et Lauren Neaves Laborde (chargée de la gestion et suivi des joueuses).

L’agence GAgency s’occupe de joueuses allant de la NF2 (Flora Szabo – Franconville ),  en passant par la NF1 (Mai Loni Henson – Aplemont Le Havre) jusqu’à la LFB et l’Euroleague (Elin Eldebrink – Laetitia Guapo – Bourges Basket).

Comment pourriez-vous expliquer l’ascension et la démocratisation de l’agent dans la sphère du basket féminin ?

Le basket féminin de la France à la WNBA, en passant par les compétitions européennes, s’est développé, professionnalisé, structuré, internationalisé, digitalisé, médiatisé. En conséquence, le métier de basketteuse s’est complexifié. Il est devenu concurrentiel, bien au-delà du terrain. Il est placé au centre d’enjeux qui imposent à une sportive de faire des choix sportifs, financiers, juridiques, humains judicieux si elle veut se donner les chances d’atteindre des objectifs personnels élevés. C’est en ce sens, que le recours à un agent est devenu quasi-indispensable à une joueuse pour être conseillée et accompagnée.

Quel est le rôle de l’agent ? Qu’est-ce qui diffère d’un contrat entre une basketteuse et un basketteur ?

Le rôle légal est de mettre en relation un club avec un sportif en vue de la signature d’un contrat de travail. Dans la réalité, le rôle de l’agent est bien plus global. « L’agent » peut revêtir de nombreuses casquettes, et ses missions peuvent autant ressembler à celles d’un coach en développement personnel, que d’un conseiller juridique. Quoiqu’il en soit, il est bien plus largement investi dans la vie de la joueuse que ce que le grand public peut penser.

D’un point de vue sportif, l’agent guide la joueuse dans le développement de son potentiel bien au-delà des simples éléments salariaux. De la préparation physique à la nutrition, du travail individuel d’intersaison à la construction de carrière par étapes, nombreux sont les conseils à apporter. Par ailleurs les aléas d’une saison sont nombreux : blessures, relations humaines, performances, concurrence sont autant de paramètres sources de conséquences diverses, de conflits ou d’insatisfactions à gérer, d’intermédiations à effectuer avec le club et son environnement.

D’un point de vue juridique et logistique, les sujets à traiter sont multiples et diffèrent selon la nationalité, le vécu, les évènements : sponsoring et images, présence sur les réseaux sociaux, problématiques de visas, d’impôts, de déménagements fréquents.

D’un point de vue personnel, « l’agent » ou « l’agence » peut aussi aller très loin dans l’accompagnement de la sportive : problématiques familiales liées à des changements géographiques, expériences à l’international, choix patrimoniaux, préparation de reconversion, gestion des impacts de la vie personnelle sur les performances…

L’approche n’est pas fondamentalement différente de celle du secteur masculin. Toutefois, la notion de maternité, les niveaux de salaires sont des données qui changent certaines approches de choix à faire durant la carrière. De même, les préparations de reconversion peuvent-être à réfléchir différemment. Au final, au-delà du rôle purement légal, chaque agent défini son périmètre d’intervention, il n’y a pas de norme spécifique.

Quel impact et quelle relation pensez-vous avoir sur la joueuse ?

Chaque relation est unique, car on parle bien de relations humaines qu’il est objectivement impossible de systématiser et fort heureusement. Toutefois, la relation est nécessairement basée sur la confiance. Confiance dans le fait que les conseils sont donnés en fonction de l’intérêt de la joueuse selon ce qu’elle exprime d’essentiel pour elle. À l’inverse, confiance dans le fait que la joueuse prenne note des conseils et les mette en pratique. À nos yeux, sans confiance, il faut rompre la relation de travail. Elle n’a pas de sens.

La relation peut aller jusqu’à un niveau de confidence et de proximité proche de l’amitié. Lorsque l’on accompagne une joueuse sur une dizaine ou une quinzaine d’années, l’impact du travail de l’agent sur la vie de la joueuse est très fort. Par exemple, Au-delà des aspects financiers, d’un choix d’aller dans un club plutôt que dans un autre, va en découler des choix de vie extra-basket, des rencontres, des possibilités de reconversion, des bilans personnels qui peuvent amener sur d’autres chemins.

Pensez-vous que la basketteuse en tant que femme est bien représentée ?

La véritable question est : la femme est-elle bien représentée dans les instances politiques, institutionnelles, managériales… de la réponse à cette question découle la réponse à la représentation de la femme dans les autres sphères de la société.

Pouvons-nous dire que la relation agent-joueuse évolue et est le reflet de la société ?

Les évolutions sociétales impactent nécessairement la manière d’envisager le contenu des relations et des missions. La place des réseaux sociaux, la tendance à une forme d’individualisation des besoins, les sollicitations diverses, la tendance aux objectifs sportifs à court-terme, le poids de l’information (parfois fausses) qui ont tendance à surpasser celui de la connaissance, sont autant de paramètres que l’agent doit prendre en considération. Son travail de conseil doit sans cesse être critique et contextualisé, pour donner les bonnes grilles de lecture à la joueuse afin qu’elle puisse remettre en perspective son intérêt. L’objectif est qu’elle ait toutes les cartes en mains concernant ses actes et décisions futures.

Question décalée :

Signer un joueur avec un fort caractère et exigeant mais cher ou un joueur sympa mais qui rapporte moins ?

Le cœur a ses raisons que la raison ignore. Chaque relation humaine a sa vérité. Ce que l’on peut dire c’est que le niveau sportif du joueur n’est pas forcément corrélé au temps de travail et aux difficultés engendrés pour le représenter. Dans le même cas, le niveau de sympathie du joueur n’est pas corrélé avec le nombre de problèmes à gérer durant sa carrière. Évidemment, il est plus simple de discuter avec un joueur sympathique, mais les décisions sont parfois plus simples à prendre avec un joueur de caractère. Il est plus facile de trouver des réponses aux problématiques d’un joueur abouti et reconnu de haut-niveau, qu’à un joueur qui souhaite ou espère l’atteindre.

Comme nous, vous en savez maintenant un peu plus sur le rôle et la relation agent-joueuse. Le métier d’agent de joueuses se transforme au rythme de la démocratisation du basket féminin et dépasse la simple relation sur les terrains. S’il n’y avait pas de professionnalisation de la discipline, les joueuses n’auraient alors pas besoin d’agent. Il est  alors important d’insister sur le fait que les agents ont autant besoin des joueuses, que les joueuses ont besoin des agents. Une complémentarité où chacun a son rôle à jouer, comme dans un match finalement…

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