Préparation physique : Entre clichés et spécificités au féminin

Quelle place tient la préparation physique dans le basket féminin ? Entre stéréotypes, menstruations, crise sanitaire, comment apprivoiser au mieux la préparation au féminin ? Afin de réfléchir plus précisément sur ces questions, nous sommes parties à la rencontre de Julien Colombo, préparateur physique au Pôle France de Basket à l’INSEP. Des clichés aux spécificités de la préparation physique, zoom sur un aspect essentiel d’une joueuse de basket… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

La musculation est souvent perçue par les joueuses de basket comme étant « une prise de masse conséquente » ? Qu’as-tu à répondre à cela ? Est-ce un cliché ou une vérité ?

Je suis tout à fait d’accord avec toi sur ce point. Ce n’est pas un mythe. La majorité des joueuses de basket viennent en salle de musculation avec cet apriori négatif, là où leurs homologues masculins viennent volontiers pour cultiver leurs « tablettes de chocolat ».

L’approche est différente mais elle n’est pas bonne dans les deux cas. Ma réponse est identique pour les filles comme pour les garçons : la musculation doit être au service de leur activité principale qu’est le basket-ball. Il faut donc que les garçons comprennent que c’est inutile de développer une plastique de bodybuilder qui ne leur sera pas utile pour être performants sur le terrain. Quant aux filles, elles doivent faire la démarche dans l’autre sens. Le but de la musculation a pour objectif de les rendre plus fortes sur le terrain et non de leur faire prendre de la masse.

La prise de masse est forcément liée au travail musculaire mais ce n’est pas l’objectif prioritaire. Dans certains cas, on peut accentuer cette phase hypertrophique de façon passagère pour des profils un peu longilignes. Mais encore une fois on en revient à ce but de performance sur le terrain.

Je pense que l’on peut donner deux réponses à ces doutes sur le travail musculaire. D’une part, la contribution à la prévention des blessures et d’autre part l’augmentation des qualités physiques nécessaires à la pratique du basket. Les deux sont donc intimement liées à la notion de performance.

Quelles différences majeures existe-il entre des basketteuses et des basketteurs ? Peut-on vraiment préparer une fille comme on prépare un garçon ?

Comme je le disais plus haut, il y a une légère différence en terme d’approche du travail physique entre les filles et les garçons. Mais j’ai pour habitude de ne pas différencier ma façon de travailler quel que soit le public. Le sport pratiqué reste le même et que l’on soit un garçon ou une fille les contraintes liées à l’activité basket est la même. De par sa nature intermittente et la répétition d’action à très haute intensité, les filières énergétiques sollicitées sont les mêmes. De la même façon les actions spécifiques à notre sport (saut, réception de saut, accélération, freinage et changement de direction…) sont les mêmes que l’on soit une fille ou un garçon.

Tout cela justifie que je ne change pas d’approche dans ma façon d’aborder le travail physique avec les équipes que je prépare car encore une fois, mon objectif est qu’elles ou qu’ils soient les plus performants sur le terrain.

Mais je dois avouer qu’il y aura toujours une nécessité plus forte pour les filles de comprendre l’intérêt du travail proposé. Je n’ai jamais autant été challengé dans ce domaine que lors de mes campagnes en équipe de France avec la génération 2001. Dans cette équipe il y avait des filles qui poussaient très loin ce besoin d’analyse et de compréhension. Mais j’ai envie de dire que c’est plus qu’une différence homme/femme c’est la marque de sportives de très haut niveau. Il n’est pas surprenant de voir que malgré leur très jeune âge, certaines de ces filles sont aujourd’hui chez les A !

Certaines études prouvent que le cycle menstruel a un impact sur leur corps. Faut-il prendre en considération cet aspect ? Et si oui, comment l’adapter dans un sport collectif ?

C’est une très bonne remarque ! Et bien que cette notion n’ait pas toujours été prise en compte, elle est désormais inscrite dans le suivi quotidien de nos athlètes. Nous utilisons un système de monitoring de l’athlète (AMS) grâce auquel nous suivons tous les jours l’état de forme de nos joueuses et de nos joueurs. Concernant les filles, elles remplissent tous les matins un questionnaire au réveil concernant le cycle menstruel. Elles nous indiquent si elles se trouvent dans le cycle ou non. Nous récoltons également des informations complémentaires qu’elles nous font remonter (douleurs particulières, apparition ou augmentation de certaines douleurs à des moments bien définis du cycle, etc…). Cela n’est pas grand chose mais c’est un début dans cette prise en compte de cette période récurrente chez nos jeunes athlètes.

L’étape suivante consisterait à mettre en corrélation leurs performances sur le plan physique en utilisant des valeurs connues (notre batterie de tests) et de vérifier l’impact de leur cycle sur ces dernières.

Bien entendu en termes d’adaptation de l’entraînement nous avons une attention particulière pour celles qui sont sujettes à de grosses douleurs et donc à des incapacités passagères de s’entraîner. Pour conclure, dans un sport collectif il est fréquent d’observer un phénomène de synchronisation de cycles entre les filles. Tout le monde est plus ou moins dans son cycle au même moment. On peut voir cela comme quelque chose de négatif mais c’est une belle marque de solidarité d’équipe. En ce qui concerne la gestion des charges d’entraînement cela peut être un moment opportun pour baisser le niveau d’intensité ; ce qui est plus facile à mettre en place que si les cycles étaient tous différents les uns des autres.

L’un de nos premiers articles était dédié à la rupture du ligament croisé antérieur. En effet, les féminines sont plus touchées par cette pathologie. Selon toi, pouvons-nous vraiment prévenir/anticiper cette blessure ? Et si oui, que doivent mettre en place les joueuses ?

Je suis partisan de cette réflexion qui dit que le risque zéro n’existe pas quand on parle de blessure. Elle fait partie intégrante de la vie d’une sportive et encore plus de celle d’une sportive de haut niveau. En revanche il est du devoir du préparateur physique de mettre en place un travail cohérent pour que les athlètes se blessent le moins possible.

Il est aujourd’hui très courant d’entendre que le job du préparateur physique se réduit à faire de la prévention des blessures. C’est une mauvaise façon de prendre le problème selon moi ! Je pense que la majorité des blessures pourraient être évitées ou leur caractère de gravité pourrait être réduit avec une préparation physique et athlétique bien construite.

Je reviens encore une fois sur les exigences et les contraintes de notre sport. Il est indispensable de préparer nos athlètes à les supporter. Les problématiques sont multiples : nous pratiquons un sport où les grands gabarits sont nombreux. Ils sont plus à risque que les autres de par leur morphologie et les très grands bras de leviers qu’ils doivent gérer. Nous avons des jeunes joueurs avec un vécu très hétérogène en matière de travail physique. Et lorsque ces publics sont confrontés à une forte augmentation de leur charge d’entraînement non accompagnée par un développement physique adéquat c’est la catastrophe assurée !

Les très grandes différences inter-individuelles sont aussi une grande source de problème pour un entraîneur de sport collectif. Comment proposer la charge adaptée à chacune des joueuses en fonction de son parcours, du stade de son développement physique, du pic de croissance pendant l’adolescence, des cycles menstruels…? Cela relève plus du casse-tête qu’autre chose.

Pour conclure, je pense donc que l’enjeu se trouve autour de la pratique de nos plus jeunes. Il faudrait à la fois diversifier les activités pratiquées (nous spécialisons les jeunes trop tôt dans un seul sport) mais aussi leur permettre de suivre les étapes du développement physique et athlétique afin que les bases ou les fondations soient solides. Cela garantirait par la suite une pratique intensive à haut niveau sans « risque ». Mais dans une société où le sport à l’école devient de moins en moins présent et avec des générations qui se sédentarisent… La problématique devient inquiétante !

En cette période de crise sanitaire, beaucoup de joueuses amatrices se retrouvent sans entraînement ni compétition. Quels sont tes conseils ? En quoi la préparation physique aura-t-elle un impact sur la reprise sportive ?

La situation sanitaire est un vrai problème pour tous nos basketteuses et basketteurs. Peu ont encore la chance de pourvoir s’entraîner normalement. Pour tous les autres il faut s’adapter. Mes conseils sont les suivants :

Profiter de cette période pour régler ses petits problèmes ou ses bobos = Traiter ses déséquilibres, réduire un déficit ou travailler sur ses faiblesses connues.

Mon deuxième conseil serait de prendre du temps pour travailler ce qu’elles n’ont jamais le temps de faire habituellement. Le premier confinement auquel les filles que j’entraîne ont été confrontées a été un moment privilégié de développement de la souplesse et de l’amélioration de la mobilité articulaire. Deux axes de travail compliqués à mettre en place pendant une saison classique.

Pour finir, je suis convaincu que la préparation physique sera un incontournable d’une reprise sportive en toute sécurité dans le sens où les joueuses vont retrouver un sport qu’elles n’ont plus pratiqué depuis des mois. Celles qui auront entretenu leurs qualités physiques pendant l’arrêt seront moins impactées par la reprise mais tout le monde devra se refamiliariser avec la pratique complète du basket-ball et ses contraintes dont on a déjà parlé. C’est pourquoi les préconisations de reprise que j’ai déjà pu faire ou envoyer aux différentes structures qui m’ont sollicité comprenaient 50% de basket et 50% de préparation physique (musculation et remise à niveau aérobie).

Questions décalées :

Préparation physique ludique ou préparation physique fastidieuse ?

Tant que cela est possible je dirais ludique ! Mais on ne va pas se mentir, une séance de force en musculation ou une séance de puissance aérobie ne sont pas très ludiques !

Prise de masse ou cardio ?

Pour la plage ou pour jouer au basket ahah ? Si on parle d’intérêt pour les basketteuses j’en ai beaucoup parlé plus haut mais plutôt cardio ! Avec un travail de musculation complémentaire en lien avec notre sport.

 

Il y a quelques semaines, nous avions abordé la préparation mentale avec Mélissa Micaletto. Tout naturellement, la préparation physique semblait pour nous un axe important à aborder. Alors, merci Julien de nous avoir consacré du temps pour évoquer avec nous les clichés mais également les spécificités liées aux joueuses de basket.

Et vous, prenez-vous en compte les caractéristiques féminines dans vos entraînements ?

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