L’USOM : Match pour l’égalité : tu viens jouer ?

Un peu plus de deux mois après la pause estivale, Or-jeu revient ! Début d’une deuxième saison avec toujours les mêmes intentions : défendre, valoriser et promouvoir le basket féminin sur des sujets d’actualité mais surtout dits « compliqués ». La ligne éditoriale d’Or-jeu a également la vocation de prendre position dans des situations exceptionnelles… Et le cas de Mondeville et plus particulièrement de L’Union Sportive Ouvrière de Mondeville (USOM) l’est malheureusement aujourd’hui. L’USOM est un club normand situé à quelques kilomètres de Caen dans le Calvados. Si Mondeville est une petite ville de 10 000 habitants, le basket féminin est au cœur de toutes les attentions. Reflet d’un territoire, fierté des locaux, le basket est très apprécié dans cette région…

Seulement, lors de la saison 2019-2020, le club descend sportivement en ligue 2. Si cette rétrogradation entraîne beaucoup de pertes pour l’équipe première, le centre de formation est lui aussi impacté par ce résultat. En effet, dès qu’un club descend de Ligue féminine à la Ligue 2, il bénéficie pour un an de l’agrément de centre de formation. Là encore, une inégalité est à soulever : les clubs de PROB sont autorisés à avoir un centre de formation, ce qui n’est pas le cas en Ligue 2.

Dans le cas de Mondeville, l’agrément a été exceptionnel et prolongé sur deux ans. Deux ans sur le papier ! Dans la réalité, le centre de formation de l’USOM et tous les clubs en France n’ont pu terminer une des deux saisons. Saison blanche pour tout le monde, pas de montée ni de descente. Pourquoi pas, après tout c’est logique. Pourtant, s’il n’y a eu aucun changement dans les championnats jeunes et nationaux dont la nationale 2 où évolue le centre de formation de Mondeville, l’agrément n’est pas reconduit une année supplémentaire. Comment expliquer cette décision administrative alors qu’il n’y a pas eu de saison ? Pourquoi être si contradictoire ? Pour quelles raisons ? Qui mérite plus que ce club de se défendre légitimement une année supplémentaire ?

Au-delà de son territoire, le club est respecté mais surtout respectable pour son centre de formation. Reconnu pour ses performances depuis plusieurs années, pour l’explosion de pépites au plus haut niveau… Hélas, insuffisant pour certains. Alors, parce que les chiffres parlent plus que les mots, il semble opportun de rappeler que l’USOM c’est :

  • 23 ans d’existence du centre de formation.
  • 7 championnats de France (U18) entre 2001 et 2019 dont le dernier remporté en 2019.
  • 6 coupes de France (U18) entre 2001 et 2019 dont les deux dernières remportées en 2018 et 2019.
  • 9 joueuses présentes dans les équipes de France jeunes sur les saisons 2018 à 2020.
  • 1 : c’est la place qu’occupe le centre de formation de l’USOM par le nombre de joueuses devenues professionnelles sur les trois dernières saisons (2018-2020). 1 en LFB, 3 en LF2, 3 en NF1.
  • 8/11 des joueuses professionnelles de l’USOM en 2020 – 2021 étaient issues du centre de formation.

Afin de nous plonger davantage sur le sujet, nous sommes parties à la rencontre de Dessislava Anguelova, responsable et coach du centre de formation de l’USOM. D’une cause actuelle à une réflexion pour tous, nous devons en parler… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

Aujourd’hui encore, la place du basket féminin est remise en cause : cette fois-ci concernant les centres de formation. En effet, la PROB a ce privilège de conserver les CDF mais pas la Ligue 2. Comment l’expliquez-vous ?

Pour moi, c’est une inégalité dans le traitement des filles et des garçons. Si l’on regarde les différents textes émis, les différences sont énormes entre les deux. Je trouve ça vraiment dommage car on est en 2021 et plus au XIXème siècle. La question des centres de formation de basket est un vrai problème d’égalité en France aujourd’hui. En Betclic Elite (anciennement Jeep Elite), l’agrément est donné et obligatoire pour chaque club. En PROB, les clubs peuvent y avoir accès en le demandant et en répondant à certains critères émis par la Fédération.

En revanche, pour une équipe qui monte en Ligue féminine, il y a obligation d’avoir un centre de formation or en Ligue 2 l’agrément « centre de formation » n’existe pas. Pire même il est interdit. C’est assez paradoxal surtout qu’une structure ne se crée pas en deux secondes. De ce fait, les clubs qui montent font le minimum pour être dans les demandes requises par les instances fédérales alors que d’autres comme Voiron, Limoges (deux pensionnaires de NF1), Toulouse sont organisés pour prétendre à cet agrément.

Un autre point est aussi a soulever : la différence de traitement entre les championnats. Pour les clubs de Betclic Elite (ProA), il existe un championnat espoirs. Les U21 jouent le même jour et en lever de rideau des professionnels. De plus, lors de la saison précédente, les espoirs garçons ont pu jouer leur championnat. Or, les filles étaient à l’arrêt car il n’y pas de championnat dédié. Les équipes espoirs féminines sont intégrées aux championnats NF2, NF1 (pour le champion en titre espoirs) et NF3 (pour le moins bon). En proposant une telle organisation, les championnats sont faussés dès le début de saison car les centres de formation sont protégés. En effet, si un centre de formation par exemple Mondeville termine dernier de sa poule en NF2, il ne descend pas. Pourquoi ? Où est la compétitivité ? Les matchs se retrouvent biaisés car lors de certaines journées il est plus intéressant de gagner en U18 ou en professionnels et donc de sacrifier le match NF2 qui se joue à l’autre bout de la France. Or, en agissant de la sorte c’est la poule entière qui est perturbée et ainsi moins légitime.

De plus, pour moi, le niveau baisse fortement en NF2 et il ne devient plus très intéressant pour les centres de formation de se confronter à ce niveau. Je prends l’exemple de notre début de saison dernière : nous avons joué 5 matchs pour 5 victoires avec une différence moyenne de 35 points. Et aujourd’hui, nous nous retrouvons en NF3 avec les mêmes jeunes filles.

La question est la suivante : est-ce que nous avons vraiment envie de faire progresser le basket féminin français ? En Betclic Elite il y a 18 clubs, pareil pour la PROB. En revanche chez les féminines on a réduit le nombre de clubs dans l’élite après la saison 2015 – 2016…Et donc on a fermé la porte à deux centres de formations supplémentaires. Il devient urgent de faire des changements, pas pour nous, mais pour la parité, l’égalité de traitement. D’autres fédérations comme le handball sont en avance sur cette égalité de traitement concernant les centres de formation. En effet, les deux premières divisions chez les filles bénéficient automatiquement de l’agrément « centre de formation ». Et aujourd’hui tout paye, le handball français réussi à être double champion olympique.

Finalement, la solution serait peut-être de créer un championnat espoirs féminin ?

Lorsqu’un centre de formation est évoqué, les résultats sportifs sont les éléments principaux abordés. Or, la structure est bien plus globale. Pouvez-vous nous en dire plus sur le fonctionnement du centre de formation d’un point de vue scolaire, hébergement, partenariat, suivi des joueuses… Ainsi que sur les conséquences (hors sportives) de la rétrogradation de l’USOM et la perte de l’agrément ?

Tout d’abord, cette partie que tu évoques est la plus importante, souvent oubliée mais indispensable pour l’organisation d’un centre de formation. Il y a énormément de personnes investies autour d’un centre de formation aussi bien des bénévoles, des coachs, des écoles, un staff médical, mais aussi administratif etc. Aujourd’hui, le CDF de Mondeville c’est 22 joueuses qui viennent de toute la France pour un triple projet. Beaucoup parlent de double projet mais pour nous, cela comprend :

  1. Le projet personnel : le développement individuel de chaque joueuse de son entrée au centre à 15 ans à sa sortie vers 18-19 ans. Cette transition où elle passe de jeune adolescente à jeune femme.
  2. Le projet scolaire : pour assurer le meilleur suivi des filles, il existe une convention avec un lycée de la ville afin d’obtenir des horaires aménagés.
  3. Le projet sportif : amener la joueuse à son meilleur niveau.

Lorsque l’agrément n’est pas détenu par le club, il est impossible d’obtenir des conventions avec des lycées pour obtenir des emplois du temps plus souples. De ce fait, les journées sont plus longues, moins adaptées pour des sportives de haut niveau et surtout les filles ne sont pas reconnues comme telles. Si nous souhaitons continuer de nous entraîner autant (entre 8 et 9 fois par semaine), l’agrément nous aide à être légitime auprès des écoles.

Autre point à soulever : lors de la COVID, seuls les centres de formation avaient l’autorisation de s’entraîner pendant cette période. Les clubs comme Limoges ou Voiron qui possèdent de très belles structures sont considérés comme « centres d’entraînement » et ne pouvaient donc s’entraîner (sur le papier). Autrement dit, les joueuses qui viennent de toute la France pour intégrer un tel projet se retrouvaient uniquement avec l’obligation d’être présentes pour aller à l’école. Le mot « centre de formation » devrait selon moi être une récompense d’un travail fourni et non un fait automatique pour un club évoluant en Ligue féminine. Pour moi, il y a des clubs bien mieux organisés ne possédant pas l’agrément. Un centre de formation agréé doit être un gage de qualité et ce n’est pas le cas pour tout le monde aujourd’hui malheureusement. L’objectif est de permettre aux joueuses d’intégrer des structures de haut niveau pour qu’elles puissent continuer de rêver et de ressembler à Marine Johannes. Cependant, il y a plus de demandes que de places à l’heure actuelle et le basket français perd l’opportunité de grandir et de se développer davantage.

Avez-vous l’impression d’être délaissé par les instances fédérales depuis la descente du club en Ligue 2 et l’agrément perdu du centre de formation ?

Non pas du tout, au contraire même ! Les instances fédérales essayent de faire de leur mieux avec le contexte actuel. Suite à la descente de notre équipe professionnelle notre agrément a été reconduit exceptionnellement pour deux ans même s’il aura duré dans la réalité quelques mois. Finalement, nos joueuses n’auront pas eu une seule année complète sur les deux dernières réalisées. Est-ce que la loi administrative doit prendre le dessus sur la bienveillance ? Faîtes-vos jeux… Nous l’avons vu, il y a eu énormément de changements durant la crise sanitaire mais pourquoi ne pas l’appliquer pour les agréments ? C’est assez paradoxal avec les saisons blanches qui viennent de se dérouler mais malheureusement le règlement est fait ainsi.

Ce n’est pas uniquement dans l’intérêt de Mondeville mais bien dans l’intérêt collectif que nous agissons aujourd’hui, pour éviter que cela ne se reproduise.

Comment expliquez-vous la situation que vous vivez ? Dans cette décision il y a un paradoxe assez incroyable entre la proclamation d’une nouvelle saison blanche et votre suspension d’agrément.

Si on parle purement juridiquement, c’est contradictoire car une saison blanche est proclamée assez rapidement et en même temps l’agrément n’est pas reconduit. Avec le bon sens et la volonté, il devrait y avoir automatiquement un an reconduit. Les textes peuvent être changés mais ça n’a pas été le cas. Aujourd’hui c’est Nantes qui possède l’agrément pour deux ans et donc inévitablement nous sommes relégués en NF3 car il n’y a plus de place dans les championnats NF2 pour une équipe supplémentaire. En tout cas, sachez que nous irons chercher cette place en NF2 sur les terrains et que les équipes de NF3 avec tout le respect que j’ai pour elles, perdent déjà surement une place pour la montée.

Comptez-vous prendre exemple sur le Pays Voironnais Basket Club ? Pour information : le PVBC est un centre d’entraînement et non de formation car l’équipe fanion évolue en NF1. Pourtant, c’est un club très bien structuré pour prétendre à cette dénomination.

Pour la petite histoire, nous nous entendons très bien avec le club de Voiron. Nous pouvons même dire que nous sommes partenaires sur certains points. Je m’entends très bien avec Béranger Ruol qui est le responsable du centre d’entrainement du PVBC. Il y a deux ans, nous avions organisés conjointement une journée de détection commune à Paris.

Alors oui, Voiron est un exemple à suivre pour beaucoup de clubs professionnels mais aussi en structuration. En effet, c’est ce type de club qui est directement concerné par le match à l’égalité car ils réalisent un travail incroyable pour les jeunes joueuses. Et je pense que si nous ressortons gagnant de ce match, Voiron sera valorisé. Il faut valoriser un club comme celui-là qui possède deux équipes en NF1 et NF2 et gère très bien ses U18. Je n’oublie pas non plus Toulouse, Limoges qui travaillent très bien et qui sont aussi des exemples de clubs à suivre et à mettre en avant.

Il y a beaucoup d’avantages à posséder l’agrément pourtant je sais à quel point c’est difficile de faire sans comme le fait Voiron. Cette situation dans laquelle nous allons nous aussi nous retrouver probablement prochainement. Par exemple, les parents n’arrivent pas comprendre qu’un club puisse être très bien structuré, obtenir de très bons résultats sans être dans l’élite du championnat français. Et inévitablement cela a des conséquences sur les joueuses recrutées et la reconnaissance au niveau national. Donc oui, Voiron est un exemple et j’espère que d’autres prendront le pas pour les prochaines générations.

Enfin et pour finir sur une note positive : beaucoup de personnes, quelques clubs comme le PVBC ou l’ASVEL se sont mobilisés pour vous soutenir. Est-ce essentiel pour vous ? Comment réagissez-vous à cet engouement qui dépasse la Normandie ?

Oui c’est vrai que le soutien dépasse aujourd’hui la Normandie et je souhaite remercier toutes les personnes qui nous aident à faire passer notre message : aussi bien les joueuses, les « stars du pays » comme Nicolas Batum, Laëtitia Kamba ou Marine Johannes que les différents médias comme France Bleu, France 3, Europe 1, L’Equipe, Le Parisien. Il y a aussi les sites dédiés au basket comme Basketteuses.info, Be Basket, Parlons basket, etc. Nous avons également la chance d’être soutenu par des associations engagées pour la cause d’Egalite et Parité dont une mention spéciale a Mixité et Performance pour leur fort engagement auprès de nous.

Notre Cause principale à défendre c’est le #matchdelégalité. C’est pour cela que nous devons nous soutenir, nous entraider et essayer de faire entendre notre voix à l’unisson. Le basket féminin mérite d’être valorisé à sa juste valeur et surtout traité comme il l’est avec les hommes. Et c’est cette cause qui commence à être entendue et démultipliée.

Parce qu’il est toujours plus simple de ne voir que la partie émergée de l’iceberg : ici les résultats sportifs de l’équipe professionnelle de Mondeville. Qu’en est-il du travail réalisé dans l’ombre ? En prenant une telle décision, c’est tout un centre de formation qui s’effondre bien au-delà du sportif. Ce sont les ambitions scolaires, sociales des jeunes joueuses mais aussi des partenaires, bénévoles, des fans ou encore des coachs et de la ville qui sont réduites à néant. Comment expliquer à des jeunes joueuses qu’elles ne pourront pas jouer au niveau qu’elles méritent à cause d’une décision administrative ? N’est-il pas plus honorable de justement laisser le sportif reprendre ses droits et ainsi laisser une chance à Mondeville de briller avec son centre de formation une année supplémentaire ?

Deux ans sans réelle saison, à subir une situation de crise exceptionnelle. Tous ces mois à penser à demain, à l’après pour que tout s’écroule, d’un coup, c’est difficile. Car vous le savez bien, un club ne se construit pas en un claquement de doigts, il faut du temps, de l’énergie, des sacrifices, des bénévoles…Eux aussi ne méritent pas cette sentence. Oui, l’USOM a travaillé dur pour en arriver là, pour placer son centre de formation parmi l’élite. Oui, l’USOM mérite tout notre soutien et toute notre aide dans cette période si indécise et si injuste.

Parce qu’au-delà des terrains, il y a des milliers de raisons de les soutenir. Soutenons nos clubs, nos centres de formation et notre basket féminin. Ils ont tant à nous offrir et sont l’avenir de l’élite du basket français ! C’est pourquoi, Or-jeu s’allie à l’USOM et à son match pour l’égalité… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

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