L’intégration des joueuses africaines en France : le cas de Kariata Diaby

Et si l’intégration des joueuses africaines en France permettait aux différents championnats de progresser ? Comment s’adaptent-elles ? Quelles sont les difficultés ? Du continent africain au continent européen, le cas de Kariata Diaby (internationale ivoirienne) semble être intéressant à mettre en avant. Elle qui est passée de Voiron de  NF2 au 5 majeur de LFB en quelques années. En effet, Kariata a fait ses premiers pas du côté de Voiron en NF2 et NF1, puis elle a rejoint Charnay en LF2 avant d’être recrutée par Landerneau en LFB. Aujourd’hui, c’est une joueuse de Villeneuve d’Ascq. Zoom sur l’intégration des joueuses africaines en France… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

Cela fait maintenant un petit moment que tu es en France. Comment s’est déroulée ton arrivée sur l’hexagone ?

Tout d’abord mon arrivée en France s’est très bien passée. J’ai eu la chance d’être accueillie dans un club qui m’a fait me sentir chez moi : le Pays Voironnais Basket Club (PVBC). Le président, les coachs, les joueuses mais aussi les supporters m’ont tout de suite intégrée, j’étais la bienvenue et j’ai considéré ce club comme ma deuxième maison. Vraiment, j’étais heureuse d’être là.

Justement, en quoi le PVBC t’as aidé dans le début de ta carrière ?

Le PVBC c’est une histoire de famille, dès mon arrivée, ça a été le premier club qui m’a acceptée, qui m’a fait confiance en France. Ils ont fait énormément de choses pour moi sur tous les aspects. Par exemple, ils m’ont trouvé un logement, ils ont payé ma scolarité pour que je puisse continuer les études en même temps que le basket. En plus de ça, j’avais un suivi médical important notamment avec un dentiste car j’avais des problèmes dentaires. J’avais accès à des médecins généralistes, des médecins du sport, des kinésithérapeutes pour que je sois dans le meilleur état de forme. Tout était mis en place pour mes soins et ma récupération afin que je me sente le mieux possible dans mon corps.

Au niveau du basket, je travaillais mes qualités et mes faiblesses mais j’apprenais aussi beaucoup. J’avais déjà la chance de m’entraîner le midi et le soir chaque jour avec différents coachs et préparateurs physiques. Ils croyaient en moi et ils pensaient que je pouvais exploiter mon potentiel plus tard dans ma carrière. Et aujourd’hui c’est ce que j’essaye de faire au quotidien.

Je les remercie surtout, d’avoir cru en moi.

Qu’est-ce qui t’as le plus marquée à ton arrivée ? Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

Ce qui m’a le plus marquée à mon arrivée c’est la différence entre l’Afrique et l’Europe. Tout d’abord dans la façon de vivre, la culture et l’éducation. Ce sont des choses qui changent énormément donc j’ai dû m’adapter. J’ai dû m’adapter à leur mode de vie et essayer de faire comme eux, tout en restant moi-même.

Je dirais que pour moi le plus dur a été la culture mais avec le temps, j’ai su m’adapter et je voulais toujours en apprendre plus. Et encore une fois, j’ai été entourée par de belles personnes qui ont su me montrer comment faire car je venais de quitter ma famille. C’est une étape difficile pour une jeune fille de 18 ans et demi qui doit apprendre à vivre dans un pays inconnu avec des nouvelles personnes. Je trouve que cela demande beaucoup de sacrifices mais je voulais honorer mes parents en venant ici. L’éducation que j’ai reçue de leur part m’a donnée de la force et il était impossible que j’abandonne à mi-chemin.

En vrai ce n’est pas facile pour tout le monde, mais l’envie de réussir nous amène à nous dépasser nous-même, car réussir est notre seul objectif.

Est-il facile de s’intégrer dans un nouveau pays où la culture est à l’opposé de ce que tu connaissais ?

Je pense que l’adaptation est propre à chacun et qu’il faut un minimum de temps pour se sentir chez soi. Mais je pense que l’envie, la détermination et le projet qu’on souhaite construire aident à s’intégrer au mieux et à tout mettre en place pour y arriver.

La météo a également été un grand changement pour moi, je n’avais jamais vu de la neige. J’ai découvert une nouvelle manière de vivre, de fonctionner, pour m’intégrer au plus vite pour ne pas être à l’écart des autres. Et d’un autre côté, je voulais garder mes racines et mes valeurs qui me rappellent d’où je viens. Je trouve cela important. Mais je savais pourquoi j’étais là et ce que je voulais faire et devenir dans l’avenir.

Conseillerais-tu à d’autres joueuses africaines de poursuivre leur carrière en France ? Et si oui, pourquoi ?

Pour ma part, je conseillerais à toutes les basketteuses qui souhaitent faire carrière, de faire du basket leur métier un jour de suivre ma voie, et mon évolution. En effet, je pense qu’elles peuvent prendre exemple sur l’ensemble des efforts et sacrifices que j’ai dû faire pour en arriver là où j’en suis. Au final, tout dépend de ce qu’elles veulent vraiment mais moi je les encourage à passer le pas. Je veux aussi qu’elles croient en elles, qu’elles essayent de tout faire pour réaliser leur rêve. Ne rien lâcher est la clé de la réussite.

Quelles différences existe-il entre une joueuse africaine et une joueuse européenne ?

Je pense qu’il y a pas mal de différences entre une joueuse africaine et une joueuse européenne, tout dépend sur quoi on se base pour comparer.

Déjà au niveau de l’intégration, je pense que cela est plus compliqué pour une africaine parce qu’une européenne aura peut-être plus de facilité que nous en venant du même continent. La culture est similaire, l’éducation aussi. La barrière de la langue peut aussi poser problème si l’on ne sait pas vraiment s’exprimer en français.

Ensuite concernant le style de jeu, une joueuse africaine n’est pas habituée à autant de systèmes, à les apprendre sur papier ou encore à devoir utiliser une plaquette pour jouer. Le jeu est aussi plus physique en Afrique. Une joueuse européenne, ne devra pas s’habituer à ces caractéristiques car elles sont assez similaires d’un pays à un autre.

Il doit y en avoir beaucoup d’autres mais voici celles qui me viennent.

Aujourd’hui, tu joues au meilleur niveau français. Tu as su gravir tous les échelons. Est-ce une fierté de faire briller l’Afrique dans le championnat LFB ?

Oui évidemment que c’est une fierté pour moi de faire briller l’Afrique en Europe. Maintenant on s’aperçoit qu’il y a de plus en plus de joueuses africaines en ligue féminine, je trouve que c’est une bonne chose. Alors, certes elles n’ont pas le même parcours que moi mais on a toutes su se battre et sacrifier pour arriver à ce niveau. C’est une réelle satisfaction pour moi de voir cela. C’est une manière de montrer la voie à certaines de nos sœurs, mais aussi leur donner l’opportunité de faire comme moi mais aussi comme d’autres. Aujourd’hui, je peux le dire : je représente les couleurs de mon pays à travers la LFB en France.

Questions insolites :

Culture africaine ou culture française ?

Aujourd’hui je ne peux pas choisir car je suis un mélange des deux et je pense que j’enseignerais les deux à mes enfants plus tard.

Être dans le 5 majeur LFB – Remporter la CDF avec le PVBC ?

C’est difficile de choisir, je ne peux pas d’ailleurs car j’ai été élue dans le 5 majeur de la LFB la première année où je faisais mes premiers pas dans la ligue. C’était une année et une récompense magique pour moi car j’ai pu montrer de quoi j’étais capable et tout le travail que j’avais effectué pour en être là. Je suis très fière de ça. Et dans un même temps, gagner avec Voiron restera un des plus beaux souvenirs pour moi en France. Je pense que ce n’est pas donné à tout le monde de remporter ce titre. De plus, on avait une équipe de battantes et on voulait vraiment cette coupe. Il y a encore beaucoup d’émotions et de magie à parler de ça !

 

L’équipe d’Or-jeu est fière d’avoir pu mettre en évidence l’Afrique à travers le cas de Kariata Diaby. Une basketteuse, qui, selon nous doit servir de modèle pour les autres joueuses. Honorées de mettre en évidence les difficultés rencontrées mais aussi le parcours, l’insertion et l’adaptation de ses joueuses qui ne rêvent que d’une chose : vivre du basket.

Réussir est possible…Pour ne plus jamais être Or-jeu !

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