Le basket féminin c’était mieux avant ?

Pour cette nouvelle semaine, nous avons décidé de faire un saut dans le passé. Et si la médiatisation, la promotion du basket féminin d’aujourd’hui était le résultat de nombreuses équipes, joueuses et acteurs du passé ? Parce que pour comprendre son présent, faut-il encore connaître son passé. Afin d’en savoir plus sur ce sujet nous nous sommes rapprochées de Basket Rétro, un média dédié à l’histoire du basket. Ils retracent notamment le parcours d’anciennes équipes, joueuses à travers des articles, portraits. Le basket féminin, c’était mieux avant ? Pour ne plus jamais être Or-jeu !

En tant que média spécialisé dans le basket rétro, quelles sont les évolutions majeures constatées sur et en dehors des terrains pour le basket féminin ?

Le basket féminin ne s’est finalement pas développé différemment du sport féminin en général. Au début du XXe siècle, le sport pratiqué par les femmes est au mieux ignoré au pire totalement rejeté. C’est au tournant de la Première Guerre Mondiale que se créées des fédérations sportives exclusivement féminines. On pense notamment à la FSFSF (fédération des sociétés féminines sportives de France) fondée en 1917 sous l’impulsion d’Alice Milliat LA pionnière de la défense et de la promotion du sport féminin. Celle-ci sera également à l’origine de la fédération sportive féminine internationale au début des années 1920. Fédération qui organisera des Jeux Mondiaux Féminins puisque l’Olympisme à l’époque ne veut pas des femmes ! Les femmes ne furent admises qu’en 1976 à Montréal pour le basket (alors qu’il est sport olympique depuis 1936).

C’est dans ce contexte que se développe le basket au féminin. Et dès les années 1920, nous voyons des clubs féminins se développer, La Ruche sportive, Femina Sports et surtout les Linnet’s de Saint-Maur, premier grand club féminin de basket (8 fois championnes de France entre 1928 et 1944) !

La FFBB est créée en 1932 mais il faut attendre 1937 pour qu’elle reconnaisse le basket féminin. L’autonomie du sport féminin perdure jusque dans les années 1940 avant que l’État français n’impose aux fédérations féminines de fusionner avec leurs homologues masculins. Pour certaines disciplines notamment le football féminin, ce sera désastreux. La pratique du football est même interdite en 1941 ! Pour le basket, qui est plutôt bien vu par le régime (sans doute en partie grâce à son ancrage dans les milieux catholiques), ça se passe plutôt bien. La pratique du basket y compris féminin continue sa progression pendant les années 1940. Cela est dû notamment à l’action de Marie-Thérèse Eyquem, grande figure du sport féminin et du féminisme en général. Elle va suivre l’évolution des régimes en œuvrant tour à tour dans le gouvernement Daladier en 1939, sous Pétain pendant la guerre pour finir au début des années 1960 par se rapprocher de François Mitterrand et de la gauche républicaine (au CIR, parti de gauche non marxiste qui participera à la fondation du Parti socialiste) avec toujours ce même objectif de développer le sport féminin.

Après-guerre, on va voir se développer des clubs dont la section féminine va dépasser celle des hommes au niveau des performances. On pense évidemment aux demoiselles de Clermont ! Plus tard, certains clubs vont même privilégier leur section féminine, c’est le cas de Bourges par exemple.

La dernière grande évolution du basket féminin se fait à la suite des Jeux d’Atlanta 1996 et le développement de la WNBA par la NBA. Même s’il y avait eu à la fin des années 1970 et début 1980 des ligues pro féminines aux Etats-Unis, la WNBA a marqué un tournant dans la professionnalisation du basket féminin. La France suit le mouvement deux ans plus tard avec la création de la LFB en 1998. C’est en fait comme chez les garçons, le résultat d’un processus enclenché depuis plusieurs années voire décennies.

En quoi est-ce essentiel de se remémorer le passé ? 

Nous l’avons brièvement évoqué plus haut. Le basket féminin a une riche histoire. Il y a de formidables histoires à raconter et c’est un peu notre volonté à Basket Rétro de mettre ces histoires en valeur au même titre que celles des garçons. Les féminines ont apporté leur lot de performances, de belles histoires pour nous, amoureux de la balle orange. C’est important pour le public dans le développement de la pratique féminine du basket qu’on parle de pionnières comme Lucienne Velu et les Linnet’s de Saint-Maur. Officiellement, Lucienne Velu ne compte aucune sélection en équipe de France ! Sa carrière en bleu s’est faite sous l’égide de la fédération sportive féminine et non sous la FFBB et pourtant elle a été championne du monde de basket-ball lors des Jeux Mondiaux féminins de 1934 à Londres en battant les Etats-Unis, excusez du peu ! Il faut aussi évoquer les Anne-Marie Colchen ou Edith Travert (futur coach de Clermont) qui ont obtenu le bronze lors du premier championnat du monde féminin en 1953 ! Certes sans la présence des nations d’Europe de l’Est mais la performance mérite d’être signalée. En club, on ne peut passer à côté des Demoiselles de Clermont, treize fois championnes de France et premier club français à atteindre la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions en 1971 (la JA Vichy chez les hommes avait été en finale de Coupe Saporta l’année d’avant). Manque de bol, nous étions en pleine période d’ultra domination soviétique et du Daugava Riga de la grande Ouliana Semenova (invaincue avec l’équipe d’URSS de 1968 à 1986), bilan : 5 finales perdues. Plus près de chez nous, c’est important également de parler de clubs comme Bourges ou Valenciennes qui ont performé au plus haut niveau européen à la fin des années 1990 et début 2000. Bref, si on veut promouvoir le basket féminin, il est important de rappeler qu’il est héritier d’une longue tradition, une tradition avec des noms et clubs prestigieux. On vit en plus une période assez privilégiée avec des médailles régulières de l’équipe de France. On fête d’ailleurs cette année, les 20 ans du titre européen de 2001. Commémorer cet événement, c’est aussi parler d’un moment fondateur pour le basket féminin français et l’aboutissement du travail d’Alain Jardel comme sélectionneur à partir de 1997.

Le basket féminin évolue-t-il en corrélation avec la société ? 

Certainement, et le sport féminin en général avec certaines différences suivant les disciplines. Comme nous l’avons dit, le basket par rapport au foot par exemple a été beaucoup mieux loti. Il y a une volonté politique depuis plusieurs années qui s’inscrit d’ailleurs dans le mouvement féministe plus large, d’œuvrer pour une plus grande parité et plus particulièrement dans le sport. Un phénomène qu’on observe quand on se penche un peu sur l’histoire du basket, c’est que les sections féminines ou du moins la pratique féminine du basket n’a jamais vraiment été marginalisée à partir du moment où le basket féminin est entré dans le giron de la FFBB. Pour vous donner un exemple, l’homme qui a été simultanément sélectionneur de l’équipe de France masculine et féminine au Mondial 1953 est un certain Robert Busnel, le Monsieur basket français de l’après-guerre. On retrouve très tôt un certain nombre de clubs dont les sections masculines et féminines participent simultanément au plus haut niveau du basket français : le Stade Français, le PUC, le Racing Club de France pour citer quelques exemples parisiens.

Quelles sont pour vous les perspectives du basket féminin ? Parle-t-on toujours d’évolution ?

Le développement du basket féminin passe par une plus grande médiatisation surtout au niveau des retransmissions. Et dans ce domaine, les choses avancent. On vient par exemple d’avoir un Lyon ASVEL – Basket Landes, un vendredi soir à 21h sur une chaîne gratuite de la TNT (la chaîne l’équipe) et l’équipe de France féminine est régulièrement diffusée également sur une chaîne gratuite. Je me souviens d’avoir vu un France-Chine en amical sur W9 l’année dernière, chose qui aurait été complètement improbable il y a quelques années. Pour le coup, le basket français homme ou femme ayant souffert d’un manque de visibilité ces dernières années, l’accroissement de nombre de matchs en clair ne peut être qu’une bonne chose pour le basket français en général.

On peut toujours parler d’évolution. On parle de « basket féminin » mais il n’y a qu’un seul basket finalement. Il s’agit de la même pratique, certes la taille des ballons varie mais globalement on parle du même sport non ? Ça pourrait être ça les perspectives ? Voir les digues entre le basket masculin et féminin sauter progressivement. On a vu quelques coachs passer de l’un à l’autre, des hommes vers les femmes rarement voire jamais l’inverse et surtout jamais une femme coach. Cet été à l’Afro basket, on verra sans doute avec Liz Mills et le Kenya la première femme coach d’une équipe masculine en phase finale mais pas encore en club. En dehors du terrain, Audrey Sauret a franchi le pas en devenant la première ancienne joueuse et deuxième femme (après Elsa Toffin à Evreux) manager d’un club masculin à Charleville puis Nantes.

On peut aussi imaginer qu’au même titre qu’en 1937 où la fédération française a intégré les féminines, une ligue pro soit commune aux sections masculines et féminines.

Questions insolites :

Le basket d’avant ou le basket de maintenant ?

A Basket Rétro, on vous dira toujours que c’était mieux avant ! Plus sérieusement, même si j’aurais beaucoup aimé voir jouer les Linnet’s de Saint-Maur, les demoiselles de Clermont ou les Grads d’Edmonton, sans doute la meilleure équipe féminine nord-américaine d’avant-guerre, le basket actuel est quand même assez passionnant. L’affiche ASVEL – Basket Landes que j’ai évoqué plus haut par exemple nous a quand même offert une très belle opposition malgré l’absence de public. Là, la publicité pour le basket féminin aurait été parfaite avec l’ambiance !

Le basket féminin : physique ou tactique ?

Si on dit « physique », on nous rétorquera que les hommes montent quand même beaucoup plus haut au cercle et sont plus aériens. Et même si le basket féminin est sans doute moins axé sur les exploits individuels je trouve ça trop réducteur de le cantonner à un basket « tactique ».

Le basket féminin : raconté par des femmes ou défendu par des hommes ?

Force est de constater qu’il est plutôt raconté par des hommes. Il y a peu de femmes dans les différentes rédactions des médias qui suivent le basket y compris la LFB. A Basket Rétro, nous avons la chance d’avoir une chroniqueuse de haut niveau en la personne de Cathy Malfois. C’est une chance exceptionnelle mais on ne peut déplorer que nous n’ayons pas plus de femmes dans notre équipe. Pour l’instant, je dirais en effet que le basket féminin est plus raconté par des hommes et défendu par tout le monde !

Merci à Basket Rétro de nous avoir partagé sa passion du basket féminin d’avant. Merci de nous faire comprendre que le passé n’est jamais loin et que par moment il est bon de se rappeler de nos ainé(e)s… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

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2 Commentaires
  1.  » Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va car il ne sait pas où il est. En ce sens, le passé est la rampe de lancement vers l’avenir  »
    Otto von Bismarck

    Félicitations pour cette « Union » avec Basket Rétro

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