La couleur d’une passion avec Léna Timéra

Récemment (et malheureusement) des dizaines de pays européens ont manifesté leur soutient à la communauté noire suite à la mort de George Floyd asphyxié par un policier blanc à Minneapolis aux Etats-Unis. Or-jeu a décidé de s’associer à cette lutte à sa manière, parce qu’en parler c’est dénoncer ces crimes. Léna Timéra, joueuse de LF2 au Basket club de La Tronche-Meylan à accepté d’évoquer avec nous le racisme dans la société, mais également au cœur du basket féminin. Entre passion et discrimination, zoom sur la couleur d’une passion…

Pour ne plus jamais être Or-jeu ! 

Salut Léna, tout d’abord merci d’aborder la question du racisme au côté d’Or-jeu. Nous allons commencer par une question assez générale : comment expliques-tu qu’au XXIème siècle il y ait encore de nombreux tabous en France  ?

Pour moi c’est la fermeture d’esprit, les préjugés des gens qui restent encore trop ancrés dans les mœurs.

Le basket féminin est-il le reflet de la société ?

Le basket féminin ne reflète pas forcément la société mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de racisme. Il y en a toujours un peu partout mais ça se voit moins que dans le basket masculin déjà je trouve.

Selon toi, est-ce que tous les moyens sont mis en œuvre (Fédération et clubs) pour dénoncer le racisme ?

Pour moi, il n’y a pas assez d’interventions des clubs ou de la Fédération (FFBB) pour montrer la discrimination qu’il y a, et Dieu sait qu’il y en a ! On le voit beaucoup plus dans les autres sports comme le foot mais c’est parce que c’est un sport qui est bien plus médiatisé que nous.

Penses-tu qu’en parler à travers des journées de sensibilisation serait une bonne chose ?

Je pense que ça pourrait être une bonne chose d’en parler, tout en faisant de petites interventions dans les clubs, surtout auprès des jeunes pour ne pas qu’ils suivent les traces des « grands ».

As-tu déjà été victime ou témoin de propos racistes dans la sphère basket ? Si oui, comment réagis tu ?

Alors oui j’ai été victime et témoin de racisme dans le basket féminin. Avant je réagissais super mal, ça veut dire que je rentrais dans leur jeu et c’était à base d’insultes etc. Maintenant et avec le temps, j’ai grandi et je me suis assagi (un petit peu hein). Du coup, soit j’ignore, soit je leur répond calmement qu’on est en 2020 quand même !

Parce qu’au final on est toutes et tous pareil, on est là pour notre passion qui est le basket. On a tous 2 bras et 2 jambes ! On vient juste jouer et se faire plaisir et ciao ! Merci au revoir.

Si tu pouvais agir pour lutter davantage contre ce fléau dans le basket féminin, que ferais-tu ?

Si je pouvais agir pour lutter contre ce fléau, j’essaierais de faire passer des messages sur les réseaux sociaux. Aussi pourquoi pas créer une association si j’en avais l’opportunité pour sensibiliser tout le monde, ou même faire des petites interventions auprès des clubs.

Le #blacklivesmatter a envahit les médias sociaux. Est-ce pour toi rassurant de voir qu’un peuple s’unit pour défendre cette cause ?

Le #Blacklivesmatter m’a fait chaud au cœur c’est vrai car ça montre que tout le monde n’a pas la même mentalité et qu’il y a des gens encore sains d’esprit. Beaucoup pensent que le #blacklivesmatter veut dire que SEULE la vie des noirs compte mais pas du tout ce n’est pas ça. La vie de tout le monde compte bien évidemment, c’est juste que le contexte actuel montre qu’il y a eu beaucoup de bavures policières envers les noirs d’où ce hashtag.

Et toi, en tant que joueuse professionnelle te considères-tu comme une personne pouvant faire changer les mentalités ?

Je ne pense pas avoir assez d’influence pour changer les mentalités des gens mais dès que j’ai l’occasion de remettre quelqu’un à sa place par rapport à des propos racistes, je ne me gêne pas pour le faire !

Comment imagines-tu le basket féminin et la tolérance dans 5 – 10 ans ?

Dans 5-10 ans j’espère que les gens seront plus ouverts d’esprit déjà. Au niveau de la médiatisation, j’espère que le basket féminin sera un peu plus mis en avant car là .. c’est une catastrophe. Mais aussi au niveau des salaires, je trouve que la différence est beaucoup trop importante. (ne vous fâchez pas les gars je viens en paix).
Enfin, au niveau du racisme, j’espère que les gens arrêteront de cataloguer les noirs, c’est-à-dire (trop musclés, trop athlétiques et forcément plus fort qu’une blanche, asiat ou arabe…). Et surtout que les gens arrêteront d’utiliser le mot BLACK pour décrire une basketteuse ou une personne. Il est possible de dire qu’elle est noire, car c’est notre couleur de peau, et ça, ce n’est pas une insulte.

Place à la question décalée :

Passion chaussettes noires ou chaussettes blanches ? Les deux ?

Chaussettes noires la baseeeee ! Mais chaussettes blanches quand c’est la dèche.

Pour finir cette interview, je vais te laisser t’exprimer librement sur ce que tu as envie. C’est ton moment Léna !

Rien à voir avec ce que j’ai dit plus haut, mais je trouve que ton projet est très intéressant, le fait de parler de sujets tabous comme ça, ça peut en faire réfléchir plus d’un alors force à toi ! Et nous basketteurs, nous allons t’encourager dans ce que tu fais.

 

Merci Léna d’avoir pris le temps de te livrer sur ce sujet. En espérant qu’un jour, nous ne soyons plus obligés de manifester notre soutien pour une telle cause pour partager notre passion… Parce que la seule couleur qui devrait compter sur un terrain de basket est celle de son équipe.

Restez connectés. Pour ne plus jamais être Or-jeu !

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