Femmes et arbitres : d’un coup de sifflet

« L’arbitrage n’est pas une question de genre mais bien de compétences » Eddie Viator, arbitre international de Basketball.

L’arbitre est un acteur indispensable de la sphère basket. Sans arbitre pas de match. Au cœur des attentions pendant les rencontres, l’arbitre gère aussi bien les faits de jeu, les joueurs, la table de marque, les supporters… Mais aussi ses émotions. Et pour ça, la spécificité du genre n’a aucune importance. Quelle est la place de la femme dans le corps arbitral ? Comment s’imposer dans un « monde d’hommes » ?

93% de la population se dit favorable à la féminisation du corps arbitral en France. Qu’en est-il du basket féminin ? Pour en savoir plus nous sommes partis à la rencontre de deux arbitres évoluant à des niveaux différents. Laure Coanus évolue dans le haut niveau et arbitre essentiellement des matchs de Jeep Elite, Pro B. Quant à Solène Vintejoux, c’est au niveau amateur qu’elle s’illustre jusqu’au niveau NF2 et NM3.

Les disparités sont-elles les mêmes selon le niveau où évolue un arbitre ?

Pour commencer, nous allons partir à la rencontre de Laure Coanus.

Comment expliquer la part si faible des arbitres féminins dans le haut niveau ?

Au niveau championnat de France, aujourd’hui, il y a 10% de femmes, contre 8% en 2016. Dans le haut niveau, il y a 12% de femmes en 2020, contre 8% en 2016. Sachant que depuis la saison 2019-2020 il y a 3 femmes qui arbitrent la même saison en Jeep Elite, ceci n’était jamais arrivé. On peut dire que la proportion de femmes à haut niveau reste faible, mais tend à augmenter (idem pour le championnat de France).

Est-ce que tout est réellement mis en place pour elles ?

La FFBB a mis en place une politique de féminisation de l’arbitrage depuis plus de 5 ans, ceci permettant de détecter et sélectionner davantage d’arbitres féminins pour accéder au haut niveau, l’augmentation depuis 4 ans de la part des arbitres féminins à haut niveau en est le reflet. Il y a notamment des stages à destination des arbitres féminins régionaux et championnat de France pour qu’elles puissent travailler sur les difficultés qu’elles peuvent avoir en tant qu’arbitre féminin. N’oublions pas aussi les nombreux stages à destination de tous les arbitres (la plupart sur des supports de tournoi), afin de les faire progresser tout au long de leur cursus tout en pratiquant. À haut niveau, un groupe HN4 a été créé il y a 4 ans afin de permettre à un plus grand nombre d’arbitres féminins d’accéder à la Ligue Féminine. L’Open Féminin (1ère journée de championnat de la LFB) a été arbitré sur les dernières années uniquement par des femmes et tout au long de la saison, il y a régulièrement des triplettes d’arbitres 100% féminines sur cette division.

Les stéréotypes liés au genre ont-ils un impact plus fort que l’envie d’exercer à haut niveau ?

Quand on regarde les chiffres à la base, il y a 30% de femmes arbitres clubs, 25% au niveau départemental et 16% au niveau régional. J’ai eu la chance lorsque j’ai commencé l’arbitrage de ne pas être confrontée à des remarques sexistes et mon passé de joueuse m’a permis de m’affirmer rapidement sur le terrain et je n’ai pas eu peur de tenir tête à des coachs ou joueurs « difficiles ». Mais c’est loin d’être le cas pour la plupart des jeunes arbitres féminins qui se lancent dans l’arbitrage et elles peuvent rapidement être découragées par ce genre de comportements, sans oublier le public qui est dans trop souvent des cas désobligeant avec les arbitres. Afin de pouvoir garder plus ou moins la base de 30% de femmes en arbitre club dans les niveaux supérieurs, il faut à mon sens sensibiliser tous les acteurs au niveau départemental et régional afin que les comportements stéréotypés liés au genre soit bannis des terrains et que les jeunes arbitres (hommes et femmes) ne soient pas découragés dès leurs premiers pas dans l’arbitrage.

Une femme arbitre est-elle moins bien payée dans le basket ? Pouvez-vous en vivre en France ?

À partir de l’instant où deux arbitres sont désignés sur la même division, ils sont payés à l’identique, qu’ils soient hommes ou femmes.

Aujourd’hui, il est difficile de vivre pleinement de l’arbitrage dans le basket en France, malgré le fait d’arbitrer à haut niveau car nous sommes rémunérés au match arbitré ; nous sommes des prestataires de service. Si nous nous blessons, nous n’arbitrons pas et par conséquent, il n’y a pas de revenus. De plus, avec la situation sanitaire instable que nous vivons actuellement avec la covid-19, les matchs se font rares et il faut avoir un travail fiable à côté de l’arbitrage afin de pouvoir être serein financièrement. Il y a seulement 4 arbitres professionnels actuellement, ils appartiennent à la FFBB et arbitrent la Jeep Elite la plupart du temps. Mais ils ont d’autres missions annexes liées à la promotion et au développement de l’arbitrage sur le territoire national. Il y a également un projet de professionnalisation de l’arbitrage avec la Ligue Nationale de Basket à court – moyen terme. Un groupe de travail a notamment été créé à cet effet entre la FFBB, la LNB, le Haut Niveau des Officiels (HNO, ceux qui nous encadrent) et le Syndicat National des Arbitres Basketball (SNAB).

Récemment j’ai lu cette phrase : « Comment pourrait-on confier aux femmes le sort de rencontres aux enjeux économiques parfois énormes ? » Encore aujourd’hui, comment expliquer que le genre passe avant la compétence ?

Je pense que les personnes qui peuvent prononcer ce genre de « clichés » sont restées dans un modèle de représentation de la Femme du 19ème siècle. Aujourd’hui, il y a de nombreuses femmes qui occupent des postes à responsabilité au sein de notre société, aussi bien en tant que chef d’entreprise, en tant qu’élues locales ou bien encore au sein de notre gouvernement. Il en est de même au sein du sport professionnel et plus particulièrement au sein des arbitres. Prenons l’exemple de Stéphanie Frappart, qui a été la première femme à diriger une rencontre de Ligue 1 et qui performe également dans les compétitions de la FIFA et de l’UEFA ; elle est bien capable de diriger des rencontres avec de très gros enjeux économiques (encore bien plus qu’au basket). Dans le basket, nous avons eu Chantal Julien qui a été la première femme à arbitrer une rencontre olympique masculine (et qui au passage a sifflé deux finales consécutives des jeux olympiques féminins). Il y a également des femmes qui arbitrent en NBA, depuis des années (Violet Palmer la première en 1997). N’oublions pas également les sœurs Bonaventura au handball…

Nous avons de multiples exemples d’arbitres féminins qui ont réussi à se faire une place au sein de l’élite masculine de leur sport. Elles servent toutes de modèle pour les jeunes arbitres féminins qui débutent dans l’arbitrage.

En tant que femme, nous évoluons à haut niveau dans un milieu très masculin (surtout sur les catégories masculines de l’élite), forcément une femme arbitre se remarque assez rapidement, car nous sommes assez peu nombreuses. Personnellement, j’aborde ceci sans complexe. Si je suis désignée sur des matchs en Jeep Elite, c’est que mes superviseurs estiment que j’ai le niveau d’y être et que j’ai travaillé dur. Alors je me prépare à 200% pour chacun de mes matchs afin de donner le meilleur de moi-même et je me considère à l’égale de mes collègues masculins. Je suis avant toute chose un arbitre lorsque je suis sur le terrain, les joueurs attendent de la performance de notre part que nous soyons un homme ou une femme.

Au tour de Solène Vintejoux de se livrer pour Or-jeu !

Le basket est le sport où la parité à l’arbitrage est la plus respectée. As-tu l’impression de ressentir cela au quotidien ? De plus, comme évoqué au début, 93% de la population se dit prêt à la féminisation du corps arbitral. Cependant lorsqu’on se rend aux abords des terrains, les insultes sexistes sont au cœur du jeu. Que penses-tu de cela ?

Solène : Excellente question ! J’arbitre depuis 4 ans et mon ressenti est partagé. Les instances fédérales s’impliquent pour que les femmes soient plus nombreuses dans l’arbitrage, et au plus haut niveau. C’est une réalité. Si tu as du potentiel et que tu es impliquée, tu as une belle histoire à écrire dans le basket. À l’image de Laure d’ailleurs, qui est aujourd’hui une pépite pour l’arbitrage français, et qui va le devenir à l’échelle internationale. 

Côté jeu, l’essentiel est d’être arbitré justement, peu importe que tu sois une femme ou un homme. Notre histoire fait que les hommes ont toujours eu plus de pouvoir mais ouvrons les portes et laissons l’égalité s’exprimer ! Il faudra encore des années pour arriver à une réelle parité mais le basket avance. Pour cela, il faut aussi que les filles s’engagent à devenir arbitre !

Côté public et supporters, c’est une culture sportive à éduquer ! Les insultes sexistes sont faciles et existent, et pas seulement les insultes sexistes… Le basket est le sport où l’arbitre a le plus de décisions à prendre. Il est entièrement acteur du jeu, et nous commençons seulement à prendre conscience qu’il n’est pas l’ennemi des joueurs/joueuses ou coachs. Prenons exemple sur le rugby et fédérons ensemble. 

Je trouve qu’il y a véritablement des actions à engager dans les clubs lors des matchs de jeunes ou encore sur les matchs séniors départementaux, régionaux. Les spectateurs ne sont pas tous supporters. Et il faut bannir les insultes. Dès que l’on monte vers le haut niveau, cela est différent, le public est souvent présent et l’ensemble se mêle avec les supporters. Arbitrer est un exercice difficile mais passionnant !

Considères-tu qu’il est nécessaire que les clubs accentuent en interne des formations d’arbitrage pour les féminines ? Que manque-t-il pour faire changer les mentalités sur et en dehors des terrains ? Penses-tu que l’arbitrage est le reflet de la société ?

Les comités, les ligues, la fédération construisent des vrais parcours de formation pour arbitrer et progresser. Le chemin de la féminisation est grand ouvert. En club, cela est vraiment hétérogène et dépend de la volonté de certains acteurs. Peu importe que tu sois une fille ou un garçon d’ailleurs ! 

Il me paraît important que les entraîneurs mettent les joueuses en rôle d’arbitre dès les petites catégories à l’entraînement afin que l’arbitre soit un acteur du jeu respecté et écouté. Le règlement de jeu est complexe et avoir des interventions dans le cursus de formation joueurs, entraîneurs, peut être un axe de progression également. Le club insuffle la dynamique sportive et certains sont des exemples, qu’il faut reproduire partout. Ainsi nous ne manquerons plus d’arbitres !

L’arbitrage, reflet de la société ? Il faudrait que je détermine quelle est l’image de la société française et je n’ai pas cette prétention. Par contre, être arbitre demande des exigences mentales, physiques, techniques, tel un sportif déterminé et passionné. Les compétences se gagnent avec le travail. Si tu n’es pas passionné(e), je pense que tu ne restes pas longtemps officiel. Il y a de belles valeurs d’équipes aussi entre partenaires. Dans la joie comme dans la difficulté, nous nous devons d’être une équipe !

Les joueuses de haut niveau que je côtoie depuis des années sont souvent surprises quand on échange de faits de jeu, de règles ou de préparation de matchs. Oui, l’arbitre s’il veut être bon, à du travail avant, pendant et après match ! Il doit être capable de se remettre en question en permanence, ce qui n’est pas toujours évident ! Est-ce le reflet de la société ? À vous de juger . 

Merci à Or jeu, et belle continuation à ce projet féminin !

Questions insolites : 

Arbitrer des basketteuses ou des basketteurs ? 

Solène : Des basketteurs pour leur état d’esprit et la densité physique. Des basketteuses pour la technicité et la stratégie !

Laure : Pour ma part, aucune préférence ! Chaque match que j’arbitre est aussi important que tous les autres et je prends autant de plaisir sur des matchs féminins que sur des matchs masculins !

Match tendu ou match pépouze ? 

Solène : Match tendu pour la compétition, bien sûr ! 

Laure : Tendu pour l’adrénaline ! Et c’est sur ceux-là que nous progressons le plus !

Merci à Laure et Solène pour ces retours. Au cours de cet article nous avons essayé d’évoquer avec vous différents thèmes comme la question des salaires, la question de la féminisation du corps arbitral ou encore la question des stéréotypes liés au genre. Alors oui, tout n’est pas parfait mais le basket et ici plus particulièrement l’arbitrage au féminin semble avancer dans le bon sens. Parce qu’au fond, voir de plus en plus d’arbitres féminins c’est ce que nous voulons presque tous (93%). 

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