Du basket fauteuil aux Jeux paralympiques

Aujourd’hui s’achève la semaine olympique et paralympique en France. Nous ne pouvions manquer l’occasion de nous aussi, participer au développement du paralympisme. Et quoi de mieux que de s’intéresser au basket fauteuil afin de démocratiser la discipline ?

Les règles sont semblables à celles du basket valide à quelques exceptions près : par exemple, la règle du marcher s’applique lorsqu’une joueuse arrête de dribbler pendant une durée plus longue que deux poussées données au fauteuil.  Les deux équipes s’affrontent sur le même terrain et avec les mêmes paniers, mais les joueuses présentent des handicaps, qui sont classifiés. Chaque joueuse a un nombre de points qui lui est attribué selon ses capacités motrices, allant de 1 à 4,5 points. Le nombre total de points de l’équipe sur le terrain ne doit pas excéder les 14 points, ce qui signifie que dans chaque équipe nous retrouvons des joueuses avec des handicaps et des rôles différents.

C’est avec une certaine fierté que nous vous présentons, pas une mais trois joueuses internationales de basket fauteuil. Abby Dunkin (3,5 points), victorieuse avec l’équipe américaine des Jeux panaméricains de 2015 à Toronto. Elle a remporté les Jeux paralympiques de Rio en 2016 et les Championnats du monde de 2019. 

Rose Marie Hollermann (3,5 points) est, elle aussi, une joueuse américaine. Elle a également remporté avec les Etats-Unis les Jeux paralympiques de Rio en 2016, deux médailles d’or aux Jeux panaméricains et deux Coupes du Monde U25. Enfin, Charlotte Moore (1 point), joueuse paralympique britannique a représenté la Grande-Bretagne lors des Jeux olympiques de 2016. Elle a été médaillée d’or lors des Championnats du monde U25 en 2015 et médaillée d’argent des Championnats du Monde en 2018.

Toutes trois ont eu l’occasion de s’affronter, lors de la demi-finale des Jeux paralympiques de 2016 à Rio. Si la Grande Bretagne de Charlotte Moore a produit sa meilleure performance en atteignant le dernier carré, les Etats-Unis ont remporté le match puis la compétition. Zoom sur ces femmes pas comme les autres, pour ne plus jamais être Or-jeu.

En France, c’est la semaine du paralympisme. Que cela symbolise-t-il pour toi ? Est-il important de sensibiliser les gens ?

AD : La semaine olympique et paralympique est une excellente opportunité pour éduquer et sensibiliser les gens. Le mouvement paralympique a déjà fait de grands pas en avant, mais il y a tellement plus à faire. Les enfants et adultes handicapés peuvent regarder ces athlètes incroyables jouer et se sentir représentés. Le “para” dans le mot paralympique signifie “parallèle” aux Jeux olympiques. Les athlètes paralympiques s’entraînent tout aussi dur et représentent leur pays, qu’ils respectent, de la même manière. 

Quelle place tient le basket fauteuil féminin aux Jeux paralympiques ? Aux Etats-Unis ?

AD : Le basket fauteuil est l’un des sports les plus populaires des Jeux paralympiques. Il y a des ligues professionnelles en Europe qui donnent des compensations financières aux joueuses. Alors qu’aux Etats-Unis, il n’y a aucune ligue de ce type, même si nous avons des universités qui ont leurs propres équipes. Les étudiants universitaires peuvent représenter leur école en basket fauteuil et décrocher leur diplôme en même temps. Ici, aux Etats-Unis, nous avons fait de grands progrès en matière de sensibilisation et d’éducation à propos du sport, mais nous avons encore un long chemin à parcourir.

Bénéficiez-vous des mêmes avantages que les joueuses WNBA ? 

AD : Pas du tout. Tout d’abord, les joueuses WNBA ne reçoivent pas les compensations financières qu’elles devraient. Elles ont été le fondement pour attirer l’attention sur les problèmes sociaux qui ont besoin d’être abordés aux Etats-Unis. Lorsqu’il s’agit des joueuses de basket fauteuil, on ne voit pas de partenariats majeurs, de dotations, et encore moins de gros salaires. Se battre pour l’égalité salariale et les partenariats avec de plus grandes marques est déjà assez dur pour une athlète féminine et cela l’est d’autant plus pour une athlète paralympique. Les joueuses et joueurs de basket fauteuil ont toujours lutté pour ce en quoi ils croient, et je suis fière de savoir que je suis l’une de ces personnes.

Quelle serait ta plus grande fierté en tant que basketteuse ?

AD : Les médailles finissent par prendre la poussière, les titres, les championnats deviennent des souvenirs, et les maillots seront bientôt rangés pour toujours. Comme j’ai pris ma retraite il y a un peu moins d’un an des compétitions internationales, je peux dire que ce qui me manque le plus dans ce sport sont les gens. Les gens avec qui j’ai eu le plaisir de m’entraîner, ceux et celles avec ou contre qui j’ai eu l’occasion de jouer. Ce sont ces personnes qui ont tout rendu spécial. Ma plus grande fierté en tant que joueuse sont les relations que j’ai eu la chance de construire à travers le monde. Cela m’a ouvert les yeux sur de nouvelles cultures, sur d’autres pays ainsi que sur d’autres perspectives qui valent plus que n’importe quelle médaille d’or. 

En France, c’est la semaine du paralympisme. Que cela symbolise-t-il pour toi ? Est-il important de sensibiliser les gens ?

RMH : L’une des choses dont je suis la plus fière dans ma vie, est d’avoir obtenu le titre de “paralympienne”. Ce titre est vraiment lourd de sens pour moi et je m’efforce de bien le représenter chaque jour. C’est extrêmement important de sensibiliser les gens à propos des Jeux paralympiques et de l’impact qu’ils peuvent avoir sur la vie des gens. Les athlètes qui font ces Jeux ont surmonté des tragédies dans leur vie et se sont efforcés de les surmonter. Ce n’est pas seulement un symbole de force et de persévérance, mais aussi un un rappel pour tous que la vie continue et continuera toujours d’avancer.

Ton palmarès est impressionnant, pourtant nous n’entendons pas beaucoup parler de toi. Comment l’expliques-tu ?

RMH : Malheureusement, les Jeux paralympiques ne reçoivent pas la même exposition médiatique que les Jeux olympiques. La plupart des athlètes paralympiques qui se sont fait un nom dans leur discipline, le font en promouvant leur marque et eux-mêmes sur les réseaux sociaux. C’est une chose qui doit changer aux Etats-Unis et qui s’est déjà améliorée récemment.

Vous sentez-vous soutenue par les basketteuses américaines ?

RMH : Je vis et je joue actuellement dans une ligue de basket fauteuil espagnole et nous jouons des matchs retransmis tous les week-ends. Semaine après semaine, je suis impressionnée par le nombre de joueurs américains qui regardent les matchs et supportent ce sport. Je ressens une connexion et un lien avec les autres joueuses et joueurs américains qui évoluent dans la même ligue que moi. Cette « famille » loin de chez moi est une chose pour laquelle je suis extrêmement reconnaissante.

Quel regard portent les gens sur votre discipline ? Sont-ils curieux, intéressés ?

RMH : Il est difficile de rentrer dans un gymnase dans lequel se joue du basket fauteuil sans être intrigué. Le terrain sent le caoutchouc brûlé (cela provient des roues), le son est submergeant (cela vient des chaises qui s’entrechoquent), et le jeu est toujours énergique. C’est un sport totalement inclusif; les femmes et les hommes jouent ensemble et un large éventail de handicaps sont représentés. Cela suscite l’intérêt de la plupart des gens lorsqu’ils regardent ce sport pour la première fois. Mais il est difficile de ne pas aimer un sport qui combine basketball et auto-tamponneuses (c’est un sport full-contact).

En France, c’est la semaine du paralympisme. Que cela symbolise-t-il pour toi ? Est-il important de sensibiliser les gens ?

CM : Les Jeux paralympiques sont un événement massif et c’est une période toujours passionnante pour moi. Je pense que revaloriser l’image des paralympiques est très important. Je sais qu’ici en Angleterre, après les Jeux de Londres en 2012, Channel 4 a fait un travail superbe avec leur publicité, comme avec les affiches géantes que nous pouvions voir disant “Merci pour l’échauffement” lors de la période après les Jeux Olympiques et avant les Jeux paralympiques. Je sais aussi qu’en grandissant avec un handicap, j’ai toujours aimé regarder les Jeux paralympiques et voir des athlètes de haut niveau sur la plus grande scène internationale, et j’ai trouvé cela super à voir !

Trouves-tu normal de séparer les Jeux olympiques des Jeux paralympiques ? Est-ce pour toi une forme de mise à l’écart ?

CM : Personnellement, je ne vois pas cela comme une mise à l’écart, car le mot paralympique vient lui-même de parallèle. Je vois les paralympiques comme autant importants. Chacun des athlètes a ses propres challenges, en plus d’être aux côtés des meilleurs athlètes du monde. Je pense que les paralympiques ont leur propre identité, et qu’ils englobent tellement d’aventures différentes de tous les athlètes qui participent. Je pense qu’en quelque sorte, avoir les Jeux olympiques et paralympiques en même temps serait une expérience folle mais je pense aussi que cela serait un cauchemar logistique pour l’organisation, notamment par rapport au nombre d’athlètes qui seraient sur place en même temps. Cela pourrait aussi soulever d’autres problèmes, comme le chevauchement d’épreuves, et comme les gens voudraient voir les athlètes les plus connus, tous les sports n’auraient pas les mêmes chances d’être vus par le public.

Comment expliquer que les athlètes paralympiques soient toujours en retrait par rapport aux athlètes olympiques ? Le basket fauteuil féminin est-il le reflet de la société ?

CM : Je ne pense pas forcément que les athlètes paralympiques soient dans l’ombre des athlètes olympiques. Selon moi, il y a plusieurs choses qui divisent, cependant je ne pense pas que l’un soit toujours dans l’ombre de l’autre. Médiatiquement parlant, il n’y a pas autant de représentation des athlètes paralympiques, mais je pense que certains sont en train de changer cela, comme Nike qui a inclus des baskets mains libres et des mannequins en basket fauteuil dans leurs collections. 

D’un autre côté, en terme d’audience, certains peuvent penser que les Jeux olympiques sont plus identifiables pour le public. En effet, il est possible pour ceux qui font du jogging de s’identifier à des athlètes olympiques car ils sont visibles à la télévision. Or, pour un coureur en fauteuil, il est plus compliqué d’avoir des modèles car la discipline n’est pas très médiatisée. Les paralympiens ne sont pas ou peu visibles dans la vraie vie, car ils ne s’entraînent pas autant dans les lieux publics. Ils doivent faire attention à l’accessibilité des chemins etc, alors qu’un coureur « classique » peut aller dans le parc du coin.

Considérez-vous que le basket fauteuil n’est pas attrayant/spectaculaire ?

CM : C’est définitivement quelque chose que j’aimerais contredire en tant que joueuse de basket fauteuil. Je pense que c’est un sport très attractif, que cela soit pour les athlètes valides comme présentant des handicaps. Pour ceux qui n’ont pas de handicaps, ou pour ceux qui en ont, c’est un sport qui a un rythme rapide, qui est dynamique, c’est un jeu aussi assez physique, beaucoup de choses s’y passent ! En termes de classification des handicaps, cela signifie que sur le terrain nous retrouveront des joueurs avec des handicaps différents, des limites différentes, mais cela montre que beaucoup de personnes différentes peuvent jouer ensemble au basket fauteuil.

Questions décalées : 

Reconnaissance médiatique ou reconnaissance sportive ?

AD : C’est une question difficile. Les deux bien sûr ! Mais si je ne dois en choisir qu’une, ce serait la reconnaissance médiatique. La couverture médiatique afin de montrer qui je suis en tant que personne plutôt que de montrer mes accomplissements sur le terrain.

RMH : La communauté de basket fauteuil est petite, et de ce fait, je porte dans mon cœur la plupart des personnes que je connais de ce milieu. Et c’est pour cette raison que je choisirais la reconnaissance sportive. J’espère que dans ce sport, on se rappellera de moi comme quelqu’un qui a repoussé les limites pour que les femmes jouent professionnellement et qui a encouragé d’autres femmes à suivre cette trajectoire.

Être médiatisée en France ou dans votre pays ?

AD : En France bien sûr, pourquoi pas ? J’ai toujours voulu venir visiter !

RMH : C’est toujours un honneur d’être médiatisée dans n’importe quel pays, mais je ne suis pas sûre d’avoir déjà été diffusée sur une plateforme française. Donc ce serait vraiment cool et probablement le choix que je ferais ! Cependant, je suis également reconnaissante quand j’ai l’occasion d’être médiatisée aux Etats-Unis.

 

Fières et honorées d’avoir pu aborder pour notre premier article international le basket fauteuil. C’est avec une certaine émotion que nous avons pu échanger avec ces trois athlètes et nous les en remercions. Nous espérons qu’à travers Or-jeu, le basket fauteuil féminin sera un peu moins flou pour vous. Pour ne plus jamais être Or-jeu ! 

Et vous, qu’avez-vous fait pour la semaine olympique et paralympique ?

Restez connectés. Pour ne plus jamais être Or-jeu !

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