Décomplexer les grandes : taillées pour réussir

Il y a quelques mois, nous partions à la rencontre de Caroline Hériaud pour évoquer avec elle un des stéréotypes liés à la « petite » taille dans le basket féminin (« Grande par les performances »). Si le règlement n’impose pas de taille normée, être grande permet soit disant de réussir plus facilement dans ce milieu… Qui n’a jamais entendu ces phrases ? 

« Ce n’est pas étonnant que tu fasses du basket, t’es immense ».

« Tu as été sélectionnée parce que tu es grande ».

Pourtant, les amateurs de la balle orange le savent, le basket féminin ne se réduit pas uniquement à des caractéristiques personnelles… La taille n’a jamais été LE vecteur de réussite ou d’échec d’une joueuse. C’est pourquoi, nous ne pouvions manquer l’occasion d’en parler afin de décomplexer les grandes !

Afin d’en savoir plus sur ce sujet, nous sommes parties à la rencontre de Morgane Armant, joueuse de Saint Amand en LFB. Du haut de son mètre 91, elle revient pour Or-jeu sur les clichés, les difficultés mais aussi les avantages d’être « hors norme » sur les terrains mais également en dehors. Zoom sur décomplexer les grandes : taillées pour réussir… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

Certains diront que pour jouer au basket, faire 1m90 est un avantage. En revanche, certains diront que c’est un désavantage en dehors de cette sphère. Qu’as-tu à répondre à cela ?

Cette question met en avant cet important cliché lié au basket féminin. Pourtant j’ai pu côtoyer des joueuses dans le monde professionnel du basketball, qui ne sont pas les plus grandes et qui sont d’excellentes joueuses. Parmi les plus connues, on pourrait citer en exemple Najat OUARDAD, Céline DUMERC et Olivia EPOUPA, et cette liste est loin d’être exhaustive.

Une équipe est formée par différents profils  ce qui permet de mettre en valeur les points forts individuels mais également de palier aux points faibles. La force de l’équipe vient de l’utilisation efficiente de ces profils sur la tactique adoptée. La taille est évidemment importante suivant les profils recherchés.

Dans la sphère privée et au quotidien, cela se complique. La période de l’adolescence est la plus difficile à vivre. C’est un moment où tu te découvres, où tu te construis et c’est parfois douloureux. Dans cette période, nous cherchons, pour la plupart, à nous fondre dans la masse, à vouloir ressembler à un modèle qui nous semble parfait. Lorsque tu es « hors norme », tu attires, fatalement , le regard de l’autre et parfois la méchanceté.

Mais ce n’est pas réservé aux « grandes ». Du moment que tu ne fais pas partie d’une « norme » établie par la société, tu dois faire face à cela. Et certaines paroles peuvent être très cruelles parfois et donc difficiles à vivre.

Est-il compliqué de trouver des habits du quotidien quand on est une big women ?

Au collège, j’étais prête à tout pour faire partie des personnes « populaires ». Je voulais tout simplement afficher le même look que les filles de la bande pour ne surtout pas me démarquer. Et malheureusement dans les magasins « à la mode » pour mon âge, il n’y avait rien à ma taille. Je devais donc me diriger vers les rayons «femmes/adultes » où ni le style ni la morphologie ne me correspondait.

Mon plus grand « drame » vestimentaire reste les chaussures. À 12 ans, du haut de mon 1m80, je chaussais déjà du 42. Il y avait à cette époque quelques modèles proposés dans les rayons femmes adultes mais pas du tout adaptés. Tout était souvent trop large ou pas du tout ce que je recherchais. Par la suite, cela s’est empiré car je ne trouvais plus rien de féminin à ma pointure. Au delà du 42, il n’y avait pas d’autres choix que les baskets «  homme ». Quelques années plus tard, la découverte d’un magasin à Paris (Sac à Puce) m’a rendu le sourire car ils proposent des chaussures tendances et féminines du 42 au 48.

Les talons, que toutes filles adorent, ont été aussi une période à assumer car il a fallu accepter le fait de paraître encore plus grande, mais ça c’est une autre histoire.

À présent, il y a de plus en plus de magasins et de sites internet (Boohoo, Asos, PLT, shein) qui proposent de nombreux articles pour les grandes. J’ai enfin pu trouver par exemple des pantalons qui me plaisent adaptés à ma longueur de jambe. Il y a une augmentation de personnes de grande taille, le « Prêt-à-porter » s’adapte à la demande. J’aime croire que dans quelques années, nous n’aurons plus autant de difficultés qu’actuellement.

Dans ta vidéo sur le sujet, tu évoques notamment que tu ne te tenais pas droite à un moment dans ta vie. Donc tu avoues que toi-même, tu as eu du mal avec ta taille. Quel a été le plus dur pour toi ? D’accepter ta taille ou d’accepter le regard des autres ?

Petite je n’ai pas eu forcement de mal à trouver des vêtements (enfin ma maman) car il y avait toujours ma taille. Le plus compliqué était de trouver un look adapté à mon âge avec ce que l’on trouvait. Parfois c’était assez sympa, car avec ma maman, on customisait des vêtements afin d’allonger les jambes des pantalons ou les manches… Mais ce n’est pas toujours possible.

À ma rentrée au pôle espoir d’Aix ( à 15 ans), le 1m80 dépassé et en pleine crise identitaire liée à l’adolescence, c’était encore plus compliqué. Mon physique s’est modifié, je grandissais encore mais surtout je me musclais… Parfois trop. J’ai dû m’habiller « comme un garçon ». Mais le style de l’époque m’a permis de le vivre assez facilement même si ce n’était pas cela que je voulais vraiment.

Le regard des gens mais surtout leur attitude était difficile à vivre et surtout à assumer. Je me sentais jugée, épiée, laide mais surtout anormale. Ils s’arrêtaient devant moi comme si j’étais une « espèce » rare et étrange et, malheureusement, ils disaient tout haut ce qu’ils devraient dire (ou pas) tout bas.

Plusieurs petits détails qui font ta vie à ce moment-là se mélangent également. Les petits copains plus petits que toi et donc le regard des autres encore à assumer, les copines plus petites font que tu te voûtes. Tu veux paraître plus petite même si ce n’est que de quelques centimètres. Mais à cette époque, il n’y a pas que la taille.  Il faut également  assumer ses cheveux, ses différences, son métissage.  Il faut trouver qui tu es vraiment. Et tu n’as qu’une envie…devenir normale…donc invisible !

Par chance, ma maman, ma grand-mère et mon amoureux m’ont aidé à assumer ma taille. Ils m’ont fait comprendre qu’accepter ma différence était une force. Mais aussi, ils m’ont fait découvrir que le bien-être n’est pas dans le regard des autres mais bien dans la bienveillance que nous nous portons sur nous-même. Le basket, outre le sport, m’a permis, au fil des années, de côtoyer un monde de « grands », de m’apercevoir que je n’étais pas seule et surtout pas la plus grande.

Il y a plein de choses qui peuvent aider les filles qui se trouvent grandes et qui ne font pas de basket.  Quitte à être différentes, faisons-le totalement et avec panache.

Comme me disait souvent ma maman : « ce n’est pas toi qui est trop grande, ce sont les autres qui sont trop petits et ils t’envient ;  c’est pour cela qu’ils te regardent ». Assumez-vous, être grande c’est magnifique et parfois pratique …. Rappelez-vous de ça !

Que penses-tu des personnes qui s’arrêtent uniquement à la taille d’une joueuse ? (tu réussis parce que tu es grande)

J’ai déjà entendu une seule fois cette phrase assassine dès mon arrivée au Pôle espoir de la part d’une maman d’une de mes copines. Cette personne pensait vraiment ce qu’elle disait et cette phrase a tourné en boucle dans ma tête. La conséquence a été un cruel manque de confiance en moi car je me suis persuadée de cet état de fait.

Il est clair qu’enfant, lors des sélections départementales ou pour rentrer au CREPS, mon potentiel pesait dans le choix mais ma taille était un véritable atout. Mais dire que j’ai réussi grâce à ma taille ? Non !

Même si je peux dire merci à la génétique de mon père pour mon côté athlétique,  sans un travail jour après jour, sans abnégation, sans volonté, on ne va pas très loin.

D’ailleurs, si je suis encore hors norme pour la plupart des gens, dans le monde du basket pro, je suis de peu dans la norme recherchée. À titre d’exemple, je peux citer Serena MANALA qui est bien plus impressionnante que moi. La taille n’a plus autant d’importance à ce niveau. Seuls le talent, le travail et la force mentale font la différence. Cette idée préconçue est une légende urbaine !

Questions insolites :

Les blagues sur les grandes c’est plutôt : drôle ou agaçant ?

Tout dépend de qui le fait et de la façon dont c’est fait. Si c’est malveillant ou bienveillant. Mais ça, c’est valable pour tous les sujets de blagues.

Basket ou talon ?

D’un point de vue idéologique, je dirais « TALON »  sans hésiter pour mettre l’accent sur le fait que je j’assume ma féminité et ma grandeur. D’un point de vue purement pratique… tout dépend ce que l’on recherche à un moment précis… une envie, un look, un confort, un côté pratique etc. L’un ou l’autre, l’important … c’est de le choisir et non de le subir.

Merci Morgane d’avoir été la seconde joueuse à évoquer avec nous la taille dans le basket féminin. Si les extrêmes aiment être stéréotypés, nous prouvons qu’aujourd’hui pour réussir la taille n’est pas une caractéristique prédominante. Parce que oui, Morgane s’est imposée petit à petit dans l’élite par son travail, son abnégation et non par sa taille. Alors à toutes les joueuses qui se sentent trop grandes, n’oubliez pas que vous méritez votre place, sur un terrain mais aussi au quotidien… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

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1 Comment
  1. Bonjour,
    J’aime cette joueuse, toujours présente et efficace, je la trouve très sous exploitée à Saint Amand les Eaux.A mon avis Morgane a un bel avenir devant elle ,le tout c’est de trouver un club qui lui fasse totalement confiance.

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