De l’éducation à la passion : le basket comme identité

Et si le sport était vecteur d’éducation ? Comment transmettre des valeurs à travers l’école et plus principalement l’EPS ? Quels rôles jouent le sport et le basket dans la vie des jeunes filles ? Or-jeu a décidé cette semaine d’aborder la notion d’éducation. Une notion pleine de valeurs où le sport a tout son rôle à jouer. En effet, le sport a cette portée et ce langage universel qui en fait un véritable outil de transmission pour l’avenir des jeunes. Le sport a ce côté pédagogique qui ouvre à la réflexion et au partage. C’est pourquoi nous avons voulu donner la parole à deux basketteuses, pour qui l’éducation et la pratique du basket sont au cœur de leurs préoccupations. 

Originaire de Limoges, Cassandre Blanchon mène aujourd’hui une double vie à travers son statut de joueuse semi-professionnelle à Voiron (PVBC – Nationale 1) et son métier en parallèle : professeure des écoles. Originaire de Gouesnou près de Brest, Aude Kernevez quant à elle, est professeure d’EPS et joueuse à Martigues (MSB – Nationale 2).

Deux parcours différents mais au sein desquels l’éducation et la notion de sport prennent tout leur sens.

Selon toi, quels rôles jouent le basket dans l’éducation des jeunes filles ? Pouvons-nous dire que le sport est en quelque sorte l’école de la vie ?

AK : Le basket est important pour l’éducation des jeunes filles car il leur apprend à respecter des règles pour jouer et bien fonctionner. Il permet également de tisser des liens entre les élèves (solidarité, entraide, encouragement) comme travailler en équipe pour réussir quel que soit son niveau de maîtrise. Je remarque que le basket est très apprécié par les jeunes filles, elles sont très motivées, elles se sentent compétentes, elles trouvent cela ludique (le dribble, marquer des paniers), elles peuvent s’exprimer et développer leur potentiel.

Le sport et encore plus le sport collectif est un réel outil pour apprendre aux jeunes les règles de vie car on y retrouve un code à respecter, comme dans notre société avec les droits et les devoirs de chacun.  Il crée un lien social puissant puisqu’ils doivent travailler en équipe vers un objectif commun (marquer des paniers et gagner le match) mais aussi apprendre la gestion des émotions (le fairplay, l’acceptation de la défaite) et la solidarité que ce soit dans la réussite d’une situation ou l’aide pour réussir un geste technique. Le sport est vecteur d’épanouissement aussi bien personnel que social, qu’il est important de faire vivre aux jeunes.

Tu es professeure d’EPS mais également coach de basket chez les jeunes, vois-tu des similitudes et/ou au contraire des différences entre des jeunes sportives et d’autres qui le sont un peu moins ?

AK : Avoir les 2 casquettes : professeure d’EPS et coach me permet de constater des similitudes entre des élèves ou des jeunes basketteuses, leur envie de gagner, et de marquer des paniers surtout à 3 points (alors qu’ils ne sont même pas encore capables de réussir un 10/10 proche du panier).

Des différences sont aussi identifiables car au collège les filles sont davantage dans une optique de découverte, de plaisir et d’amusement alors qu’en club elles sont un peu plus tournées vers la performance.

Actuellement, nous sommes dans une période assez inédite, le sport est mis entre parenthèses ces derniers temps. Selon toi, cela joue-t-il sur le moral des jeunes ? Comment pallier ce manque au quotidien ?

AK : Dans cette période particulière, le sport est clairement mis entre parenthèses, c’est malheureux et inquiétant pour les jeunes. L’absence totale de pratique physique pendant plus de 3 mois durant le confinement, puis l’autorisation à une pratique normale, pour ensuite devoir pratiquer avec beaucoup de restrictions. Tous ces changements ont énormément impacté les jeunes que ce soit psychologiquement, moralement et physiquement. Le manque de vie sociale a joué sur leur moral : moins de motivation, renfermement sur eux-mêmes, isolement mais aussi sur leur capacité physique.

J’ai retrouvé, en septembre, des élèves aux conditions physiques inquiétantes : difficultés à courir en allure footing, à tenir un effort dans n’importe quelle activité, très essoufflés et en surpoids. Il a fallu leur réapprendre à utiliser leur corps progressivement pour éviter de les démotiver mais aussi de les blesser. Malgré leur état physique, ils étaient très heureux de pouvoir de nouveau pratiquer un sport pour se dépenser et se dépasser. Il est primordial de maintenir un minimum d’activité physique pour les jeunes que ce soit en scolaire ou en association car ils ne doivent pas perdre le goût de l’effort, rester en contact avec les jeunes de leur âge et s’entretenir. Notre société est très orientée vers le numérique (jeux vidéo, téléphone…) et cela peut entraîner une sédentarité dangereuse pour la jeunesse qu’il faut absolument éviter.

Ton expérience personnelle et professionnelle te permet d’avoir une vision globale du sport et de l’éducation. Comment cela se matérialise-t-il au quotidien ?

AK : Le sport et l’éducation sont inéluctablement associés. Enseigner ou pratiquer en club nécessite la compréhension et le respect des règles pour fonctionner afin d’éprouver du plaisir mais pas que… Cela permet également d’acquérir des valeurs importantes et utiles tout le long de notre vie : accepter et respecter l’autre, cohabiter, apprendre des nouvelles techniques, persévérer malgré l’échec pour réussir, communiquer, s’entraider pour mieux vivre ensemble. L’association des deux permet à chaque personne d’évoluer, de grandir de façon permanente grâce au sport et aux valeurs qu’il prône pour devenir plus mature et responsable de ses choix.

Quels rôles joue le basket dans l’éducation des jeunes filles ? Pouvons-nous dire que le sport est en quelque sorte l’école de la vie ?

CB : Nous les basketteuses, nous avons de la chance car nous pratiquons un sport très féminisé. Il y a beaucoup de clubs et de tous niveaux. L’équipe de France féminine est performante et fait parler d’elle lors des grands rendez-vous. Et en plus (merci les USA !), il y a la WNBA. Donc quand tu es petite, il y a toutes ces joueuses à qui tu peux t’identifier en tant que sportive et grâce auxquelles tu peux rêver.

Ensuite, OUI, évidemment que le sport est une école de la vie et je ne fais aucune distinction entre filles et garçons.

La pratique d’un sport collectif développe des qualités humaines essentielles. Au fil des années, on apprend : la persévérance car on est très souvent en échec ; la discipline (s’entrainer, appliquer des consignes, respecter des règles) ; le respect ; l’altruisme (accepter que l’intérêt du groupe passe avant le sien) ; la gestion des émotions (savoir perdre mais aussi savoir gagner) ; l’organisation ; la vie de groupe mais on apprend aussi que nos paroles et nos actes ont de l’impact sur les personnes autour de nous,  à faire un choix, à s’impliquer dans un projet etc.

Je ne dis pas que les sportifs maîtrisent tout cela parfaitement mais ils en ont pleinement conscience.

Tu es professeure des écoles, que penses-tu de la place de l’EPS au sein des programmes scolaires ? Est-il adapté ?

CB : On entend souvent dire qu’on ne fait pas assez de sport à l’école mais en maternelle nous devons faire 1 séance d’APSA (Activité Physique Sportive et Artistique) par jour d’environ 35 minutes et en élémentaire c’est 3h d’EPS par semaine.  Si l’on respecte ces horaires, ça fait déjà pas mal de sport sur le temps d’école et il y a tellement d’autres choses à apprendre !

Par rapport aux contenus, on a la chance d’être assez libre en primaire, on peut faire des sports vraiment variés (sports collectifs, athlétisme, natation, pétanque, roller, ultimate…). Je trouve que l’EPS est bien adaptée aux écoliers : on leur présente des sports, ils se dépensent et apprennent les bases et les règles d’un sport tout en s’amusant. Peu importe le sport pratiqué, ça reste l’école : il faut éduquer au sport et non entrainer : pour ça il y a les clubs.

Le principal problème à l’école c’est lorsqu’il n’y a pas d’intervenant car on manque souvent de matériel ou d’infrastructures adaptées (parfois il n’y a pas de gymnase à proximité par exemple), donc en termes d’égalité ce n’est pas encore ça. Et que pour les enseignants non sportifs, cela peut être compliqué de faire pratiquer 5 ou 6 sports différents sur une année.

Comment mêler éducation et EPS auprès d’un public varié et jeune ?

CB : Dans EPS il y a « éducation » mais éducation à quoi ? L’éducation du corps (la motricité pour courir, sauter, nager), l’éducation aux sports (les règles et pratiques), et enfin l’éducation aux valeurs. Pour cela, quel que soit le sport pratiqué, il faut appliquer des règles d’or : « Tout le monde peut faire n’importe quel sport s’il en a envie » – « On doit respecter les règles et les personnes » – « On n’est pas tout seul : on doit gérer ses états d’âmes et jouer avec les autres » – « Comme dans toute autre chose, si on veut progresser il faut essayer et s’entrainer ».

Ça c’est la théorie… En pratique c’est plus compliqué car il y a des enfants qui n’aiment pas le sport… Il faut arriver à leur faire comprendre que c’est comme l’anglais… C’est obligatoire, ça demande du travail et ça s’apprend ! Mais là, on se heurte à d’autres problèmes… Est-ce que le sport est une matière aussi importante que les autres ? Est-ce que c’est vraiment important de réussir en EPS ? La réponse est malheureusement non et cela nous renvoie à la place du sport en France. Quand on voit qu’il n’y a même plus un « vrai » ministère du sport, ça fait réfléchir.

Ensuite, il y a les enfants qui pensent être des champions et qui agissent comme certaines superstars du foot assez détestables. Et c’est compliqué de leur faire distinguer ce qui est correct ou non. Les valeurs font partie du sport mais pas forcément de tous les sportifs.

Le basket est un sport collectif avec des valeurs fortes, des principes de cohésion et des interactions. Est-ce un atout supplémentaire pour vous, enseignants, afin d’intégrer ces notions d’éducation avec les élèves ?

CB : Oui ça peut être un atout car en tant que basketteuse je me rends vraiment compte de l’importance de la cohésion dans un groupe, de comment une ambiance peut influencer la manière d’être, l’implication de chacun et donc la réussite.

Tous les enseignants sont évidemment conscients de cela, mais les sportifs ont « l’avantage » de l’avoir vécu puissance mille. Cela dit, ce n’est pas forcément un gage de réussite.

Ton expérience personnelle et professionnelle te permet d’avoir une vision globale du sport et de l’éducation. Quelles conclusions peut-on en tirer ?

CB : J’aurais deux conclusions :

  1. Si on veut que les enfants intègrent et adhèrent aux « belles» valeurs du sport, il faut que le monde du sport visible en soit la vitrine : que les joueurs arrêtent de simuler car c’est tricher, arrêtent d’agresser les arbitres ou leurs adversaires, que les arbitres arrêtent de voler des matchs dans des salles pleines à craquer, que les supporters arrêtent d’insulter, de se battre… Pour faire du sport, il faut être prêt à gérer les émotions qui vont avec. Si les professionnels n’en sont pas capables, pourquoi des enfants y arriveraient ?
  2. Les sportifs ont souvent l’image de ceux qui « ont les jambes mais pas la tête ». Certainement parce qu’à haut niveau, peu sont diplômés. Il faut savoir qu’en France faire du sport de haut niveau ET des études est compliqué et qu’on nous force souvent à choisir. Aux USA, pour jouer au meilleur niveau, il faut être pris dans une université… Et ce sont eux qui ont les meilleurs sportifs du monde, peut-être pourrait-on s’en inspirer ?

Croire qu’un sportif n’est pas intelligent est une grosse erreur : pour être performant il faut avoir une intelligence dans le jeu, de la mémoire, établir des stratégies, être réactif, gérer ses émotions, avoir une bonne capacité d’analyse… Autrement dit : beaucoup de compétences. Sport et intelligence sont comme le sport et l’éducation : ils doivent être associés et non opposés.

Enfin, la question de la sédentarité chez les élèves, est-ce une notion qui t’interpelle ? Comment pallier ce nouveau fléau ?

CB : Bien sûr que ça m’interpelle ! Quand tu demandes à un enfant ce qu’il a fait le week-end et qu’il répond qu’il a joué aux jeux vidéos… Ça fait mal !

Quand on fait EPS à l’école, 27 enfants sur 30 vont être enthousiastes… Les enfants aiment bouger et s’ils n’aiment pas, il faut les forcer un minimum. C’est trop important pour la santé, la motricité et pour les interactions sociales. Avec tous les sports qui existent, il y en a forcément un qui plaît à chacun.

Questions décalées :

L’éducation par le sport ou le sport comme éducation ?

CB : L’éducation par le sport car il n’y a pas que du positif dans les valeurs du sport (être compétiteur à l’extrême, être prêt à tout pour gagner, les manipulations…) et le monde ne peut pas tourner qu’autour du sport.

Il doit être un chemin de l’éducation mais elle ne peut pas se résumer qu’à cela. Il y a d’autres choses : la musique, la lecture, les arts, les langues… Qui permettent de voir les choses sous un angle différent.

Merci Or-Jeu et écoutez à l’école !

Professeur d’EPS ou coach de basket ?

AK : Pour le moment, je m épanouie plus en tant que professeur d’EPS, j’adore mon métier : le partage avec les élèves est tellement enrichissant et extraordinaire. Le coaching reste encore un peu de côté, mon planning est trop chargé pour m’investir pleinement au sein d’une équipe mais dans le futur c’est un projet qui me tente bien sûr !

Coach ou joueuse ?

AK : Joueuse à 100% ! Mon corps est encore d’accord pour me laisser jouer malgré les années !

L’éducation par le sport ? Ou le sport comme éducation ?

AK : Les 2 sont aussi importants l’un est associé à l’autre. L’école et le club sont deux cadres différents d’apprentissage mais qui sont complémentaires.

Merci Aude et Cassandre pour ces retours passionnants. Au cours de cet article nous avons souhaité évoquer la notion d’éducation et l’impact du sport comme outil de sociabilisation et de valeurs fortes.

Comme évoqué, il reste encore du chemin à parcourir pour faire adhérer et démocratiser pleinement la notion d’éducation par le sport et notamment la relation sport/études. Mais retenons aussi les belles valeurs dégagées, les émotions partagées et les échanges réalisés à travers cette notion d’éducation par l’EPS et le sport. Parce que l’éducation se passe sur et hors des terrains… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

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