Connaissez-vous vraiment le Syndicat National des Basketteurs ?

Et si le droit des basketteuses professionnelles était défendu ? Connaissez-vous le Syndicat National des Basketteurs ? Quelles sont leurs missions ? Quels sont leurs objectifs ? Quelles différences existe t-il entre le secteur féminin et masculin ? 

Pour en savoir plus sur cet acteur, nous sommes parties à la rencontre de Margaux Okou, joueuse du Champagne Basket féminin en LF2 et membre du comité directeur du Syndicat National des Basketteurs. D’un besoin personnel à une aide pour toutes les joueuses, Margaux nous plonge au cœur d’un acteur peu ou pas reconnu… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

Comment expliquer que nous n’entendons jamais parler du syndicat ? Est-ce un choix de peu ou pas beaucoup communiquer/prendre parti ?

Tout dépend de ce que vous entendez par « nous ». S’il s’agit des joueur.se.s, je pense que le SNB ne manque pas de notoriété. Il est aujourd’hui connu et reconnu par ces dernier.e.s. Il suffit de regarder son taux d’adhésion. Le lien de confiance se renforce avec les joueur.se.s. Au-delà de nos adhérents, force est de constater que nous comptons également dans l’environnement basket puisque nous sommes de plus en plus présents et écoutés au sein des instances pour porter la voix des joueur.se.s. Je pense qu’il ne faut pas perdre de vue l’objectif principal du SNB qui est celui de défendre les intérêts collectifs et individuels des joueur.se.s professionnel.le.s en France.

Comme vous y faites référence, il existe évidemment des « cas et des causes à mettre en avant » et c’est ce que nous faisons en les défendant auprès des structures concernées notamment au travers du dialogue social. De plus, nous prenons position très régulièrement, dans chaque instance où nous siégeons, après une consultation préalable des joueur.se.s adhérent.e.s et du Comité Directeur du SNB qui est très actif.
Nous communiquons ainsi quasi quotidiennement avec les joueur.se.s via les canaux que nous avons mis en place mais nous ne faisons pas de la communication pour la communication ou ne réagissons pas tout azimut à l’actualité. D’ailleurs, il faut distinguer dans votre question la notion de communication globale, que nous développons ces dernières années au sein du SNB pour transmettre des informations dédiées aux joueurs, des communications relatives aux prises de décision. Ne pas communiquer tout le temps sur nos prises de position n’est pas pour autant synonyme d’un manque de qualité. Nous communiquons sur nos positions, notamment au travers de nos réseaux, lorsque cela est nécessaire et dans l’intérêt des joueurs. Si nous parvenons à toucher le grand public au travers de nos actualités quotidiennes et nos prises de position, nous en serons très contents mais cela n’est pas notre objectif premier et il ne doit pas se faire au détriment de notre mission principale.
Enfin, concernant l’exemple du championnat en NF1, la question peut se poser mais il faut aussi avoir conscience qu’il existe d’autres réalités qui rentrent en compte comme la réalité politique par exemple. Cela fait déjà trois années que le SNB sensibilise les joueuses de LFB et LF2 à leur réalité de basketteuses et se bat pour faire entendre leur voix au niveau des instances fédérales.

Il faut savoir que nous avons obtenu un siège au sein de la gouvernance de la LFB depuis seulement une saison et ce, grâce notamment à des joueuses investies et mobilisées !
Nous menons également un gros travail en négociant le futur accord sectoriel de la LFB et LF2 afin que ces joueuses soient reconnues comme des joueuses professionnelles mais là encore, c’est un travail de longue haleine !
Ainsi, lorsque vous parlez de « prise de position lors de l’annulation du championnat NF1 », il faut se rendre compte que ce n’est pas une action si simple. Pour la mener, il ne suffit pas de dire que nous ne sommes pas d’accord. Pour être entendus, cela suppose de créer des relations avec les joueuses, de les écouter et qu’elles soient mobilisées ensemble pour atteindre un objectif commun et être force de proposition. Nous débutons en LFB et LF2 où les joueuses commencent une réflexion autour de leur statut, de l’importance de leur opinion sur telle ou telle question, de la découverte de la politique dans le sport et de leur poids dans le système décisionnel.
Il ne faut pas oublier que le SNB, c’est avant tout les joueurs et les joueuses. Sans eux, sans elles, et sans ce lien de confiance, il n’y a pas de syndicat. Nous sommes donc au début d’un nouveau cycle et avec l’expérience que nous avons avec le basket féminin, nous savons que le chemin sera long.

Je tiens enfin à préciser que les joueuses de NF1 ne doivent pas hésiter à nous contacter si elles en ont besoin. Nous avons aidé et accompagnons toujours des joueuses de cette division lorsqu’elles rencontrent des difficultés.

Qu’est-ce qui manque aujourd’hui au Syndicat pour être davantage reconnu par les clubs et joueuses ?

Je pense qu’aujourd’hui nous sommes de plus en plus présents dans l’environnement du basket féminin.

Côté joueuses, nous comptons un nombre croissant d’adhérentes année après année pour la LFB et la LF2. Nous commençons à créer de véritables liens avec elles et travaillons efficacement ensemble.

Côté clubs également, nous avons créé depuis maintenant deux ans des relations avec les clubs de LFB et LF2 qui se sont rassemblés autour d’une structure commune, l’Union des clubs LFB (UCLFB). Le Basket féminin s’organise et les échanges sont de plus en plus fréquents et constructifs.

L’exemple le plus parlant reste encore la mise en route de la négociation d’un accord sectoriel où le SNB se retrouve autour de la table avec l’UCLFB et le SCB (syndicat des coaches) pour discuter des problématiques de chacune des parties présentes.
L’axe d’amélioration est plutôt, je pense, au niveau de la reconnaissance fédérale. Les relations avec la FFBB ou la LFB, qui n’est autre qu’une commission fédérale, sont encore très fragiles. Nous avons de très bons échanges entre clubs, coaches et joueuses mais les échanges avec la FFBB sont beaucoup plus difficiles. Nous espérons que les projets futurs permettront de fluidifier et consolider ces relations.

Quelles sont les principales différences de reconnaissance entre le secteur féminin et masculin ?

Je pense que la différence entre ces deux secteurs peut se résumer en un mot : la professionnalisation. Nous pouvons évoquer la reconnaissance du statut de « professionnel.le » par exemple. Si les joueurs ont depuis maintenant de nombreuses années une convention collective dédiée à leur pratique pour la première et la deuxième division, les joueuses sont toujours soumises à la Convention Collective Nationale du Sport (CCNS). C’est la raison pour laquelle nous travaillons avec les clubs et coaches pour que nous puissions enfin avoir un accord dédié à la réalité de notre quotidien de basketteuses. Il faut évoquer également la structuration des clubs. Même si en LFB la structuration est en constante amélioration, il y a encore parfois beaucoup à faire sur cet aspect-là.
Enfin, la structuration de ces deux secteurs est assez différente dans la mesure où le secteur masculin est aujourd’hui géré par une ligue professionnelle alors que le secteur féminin, quant à lui, est organisé autour d’une commission de la FFBB et donc structuré au travers d’une organisation fédérale.

Le SNB siège depuis maintenant des années au sein de la LNB alors que nous nous battons encore pour que cette place soit complètement reconnue en LFB et en LF2.
D’ailleurs, le chemin est encore long puisque la LF2 n’est pas reconnue comme une division professionnelle. Des différences certes, mais je suis positive et j’ai l’impression que la place du sport féminin en France évolue vraiment !

Aujourd’hui, des joueuses comme Endy Miyem, Helena Ciak sont investies dans le projet. Est-ce une plus-value ? Faut-il forcément se baser sur des « stars françaises » pour faire avancer le projet ?

C’est évidemment une plus-value. Elles sont la vitrine du basket français. On le sait, l’image d’une personne publique aide à la notoriété d’une cause. Nous avons la chance d’avoir des joueuses internationales investies et qui ont à cœur de porter des sujets comme la maternité, les égalités hommes/femmes, le racisme etc. C’est donc pour nous très positif pour faire avancer les projets que nous construisons. Cependant, il ne faut pas oublier que derrière, il y a aussi bien d’autres joueuses qui les soutiennent et qui leur donnent la force de porter ces thématiques au plus haut niveau.

Nous notons que les joueuses s’investissent de plus en plus et n’hésitent pas à débattre entre elles lorsque nous organisons des temps d’échange pour discuter de sujets de fond. Pour vous donner un exemple concret et récent, les joueuses se sont mobilisées, ensemble, en septembre dernier lors de la Coupe de France.

Qu’est-ce qui mériterait selon toi d’être davantage défendu ? Et pourquoi ?

La reconnaissance du sport féminin dans son ensemble. Je ne parle pas d’égalité salariale car nous vivons encore dans des économies totalement différentes en fonction des sports pratiqués, mais du statut des joueuses et la reconnaissance de leur activité.

Avez-vous la volonté de vous rapprocher de médias/acteurs défendant les intérêts des joueuses ?

Oui bien sûr, nous avons toujours été dans cette dynamique de co-construction avec les différents acteurs. Nous sommes d’ailleurs régulièrement sollicités par les médias lorsqu’il y a des sujets importants en discussion. Mais les médias doivent aussi vouloir porter le message. Nous avons déjà eu des actions fortes avec la mobilisation des joueuses et force est de constater que les médias ne suivent pas toujours. Quelques journaux spécialisés dans le basket nous ont soutenus, cependant, les journaux sportifs plus « généraux » ne relatent, généralement, que les actions qui concernent les joueurs. Il faut être réaliste ce n’est pas un sujet qui attire le plus de clics ! Les médias aussi ont leur rôle à jouer si nous voulons que le sport féminin occupe une place plus importante ! C’est l’affaire de tous !

Questions insolites :

Accroître la visibilité du Syndicat ou accroître la visibilité du basket féminin ?

Je pense que ce sont deux sujets qui ne sont pas incompatibles et qui peuvent très bien fonctionner ensemble dans la mesure où tous deux tendent vers une finalité positive pour les joueuses. Nous n’avons pas la prétention de dire que la visibilité du basket féminin se fera grâce à nous uniquement mais si, par nos projets, nos actions et nos collaborations, nous pouvons accroître la visibilité du basket féminin, alors nous en serons les premiers satisfaits. Tout ce qui sera une avancée pour les joueuses, sera une victoire pour le SNB !

Défendre ou prévenir ?

Ce sont nos deux missions principales. Nous préférons prévenir évidemment et nous menons un gros travail là-dessus d’ailleurs. Nous réalisons notamment chaque année la tournée des clubs pour rencontrer les joueuses de LFB et LF2 et créer des moments d’échanges et informations, nous essayons de multiplier les interventions en centre de formation, nous discutons également beaucoup avec les clubs, les coaches etc.
Mais, nous ne le savons, il y a et aura toujours des « cas ou des causes » à défendre et cela peut parfois avoir du bon pour faire avancer les choses.

Vous en savez dorénavant plus sur le Syndicat National des Basketteurs ainsi que sur les missions effectuées pour prévenir et défendre les joueuses professionnelles. C’est en démocratisant les missions, le rôle et l’impact du Syndicat que ce dernier pourra être entendu. Alors à vous joueuses, clubs professionnelles, rejoignez le SNB pour faire entendre vos droits et les défendre… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

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1 Comment
  1. Le SNB fait beaucoup de travail et donne de l’espoir, il y a malheureusement beaucoup de chemin à accomplir quand on voit toutes les questions qui se posent.

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