Blessures et haut-niveau : incompatibilité ?

« Je devais être en équipe de France mais rupture du ligament croisé antérieur, vous connaissez la suite. » / « Elle ne reviendra jamais à son niveau après une telle blessure. » / « C’est la deuxième fois, c’est terminé pour elle. » Ces phrases stéréotypées sont connues de tous, pourtant aujourd’hui nous avons décidé de re former un des duos des deux dernières années en Ligue féminine : Alix Duchet et Ornella Bankolé. Si les deux joueuses sont amies sur le terrain et en dehors, elles ont également subies toutes deux des blessures importantes aux genoux et à la cheville. Aujourd’hui, sous des maillots différents, elles évoquent leurs blessures et haut-niveau. Des doutes à l’ascension, zoom sur la première interview croisée… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

Salut à toutes les deux, merci d’évoquer pour Or-jeu les blessures que vous avez rencontré au cours de votre début de carrière. On entend souvent dire qu’une joueuse de basket féminin ne revient que très peu à son niveau d’origine. Alors après deux grosses blessures… Que pensez-vous de cela ?

Ornella : Je ne suis pas d’accord, je pense que tout est possible, si l’on est bien encadré avec un staff médical et de la volonté on peut s’en sortir et devenir même meilleure qu’avant.

Alix : Tout est une question de détermination et de mentalité. Beaucoup disent que ce n’est pas possible et pourtant c’est possible de revenir plus forte.

Est-ce que des personnes se sont désintéressées de vous au moment de vos blessures ?

Ornella : Oui, quand on se blesse, c’est là qu’on voit sur qui on peut réellement compter et quelles sont les personnes qui se soucient vraiment de nous. On peut avoir des surprises. Le sport de haut niveau c’est comme ça. Personnellement, j’ai pu compter sur beaucoup de personnes qui ont été présentes dans les moments difficiles et je préfère me souvenir uniquement de ces personnes-là.

Alix : Oui, sans doute mais le plus important est celles qui ont été là.

Pensez-vous que le basket féminin s’intéresse seulement aux joueuses « valides » et oublie celles blessées ?

Ornella : Je pense qu’inévitablement quand un joueur/joueuse ou un athlète se blesse dans n’importe quel sport, il y a moins d’intérêt qui lui est porté, les gens s’intéressent aux performances sportives donc forcément s’il n’est pas apte, il intéresse moins.

Alix : Forcément, quand on est éloigné des terrains pour une longue période on est beaucoup moins regardée et donc par la même occasion, plus vite oubliée.

Est-ce que des personnes ont toujours cru en vous ?

Ornella : Oui, j’ai eu de la chance d’être extrêmement bien entourée et soutenue depuis le début. Il y a des gens qui ont toujours été là dans toutes les étapes bonnes comme mauvaises et c’est grâce à eux aussi que j’ai réussi à traverser chaque étape avec positivité.

Alix : Oui, mon entourage proche sera toujours présent dans les bons comme dans les mauvais moments. C’est une chance de pouvoir compter sur des personnes qui croient au quotidien en ce que tu fais peu importe les obstacles.

Quels sont les secrets d’un retour sur les terrains réussis ?

Ornella : Je pense que le plus important c’est la persévérance, sans cela c’est impossible d’y arriver. Une rééducation c’est dur et sans envie on lâche vite.

Alix : Pour moi les secrets sont d’une part de toujours croire en soi, de ne jamais lâcher même lorsqu’on reçoit des messages négatifs. Ensuite, je ne vais pas vous mentir, il faut travailler encore plus dur pour retrouver son niveau. Enfin, le mental joue énormément, si la tête suit, le corps suivra lui aussi. Il faut toujours se raccrocher à quelque chose de positif même si cela peut être compliqué par moment.

Doutiez-vous de votre retour sur les terrains après de telles blessures ? Pensiez-vous atteindre l’équipe de France A ? Est-ce une fierté supplémentaire d’y être arrivée ?

Ornella : Lors de ma première blessure oui j’ai douté car c’était ma première grosse blessure, je ne savais pas comment cela allait se passer. Pour ma deuxième, j’avais confiance, je savais ce que j’avais à faire j’étais prête à relever ce nouveau défi. L’équipe de France c’était un objectif oui, mais je ne pensais pas y arriver directement après ma saison de reprise. Alors oui effectivement c’est une fierté pour moi d’y être arrivé, mais ça ne s’arrête pas la, maintenant je veux y retourner.

Alix : Il y a toujours un passage de doute, surtout quand je repense à ma première blessure au genou. Le piège est de se poser trop de questions et écouter ce qu’il se dit autour de nous… L’équipe de France A est pour toute basketteuse un objectif à atteindre. C’est une fierté de pouvoir porter le maillot tricolore.

Pensez-vous que vous seriez les mêmes basketteuses et personnes sans ces blessures ?

Ornella : Non je pense que les blessures que j’ai eues ont fait de moi la personne que je suis aujourd’hui. Elles ont forgé mon mental mon caractère et aujourd’hui je sais que je suis plus forte et plus solide mentalement. Mon jeu a aussi évolué sur le terrain, j’ai développé d’autres qualités que je n’avais pas… donc je pense que mes blessures m’ont énormément apporté.

Alix : Non, une blessure forge le caractère tout en mettant en évidence beaucoup d’autres aspects. Il y a forcément une remise en question et une période de travail différente sur une longue durée. C’est aussi le moyen d’avoir un regard « extérieur » sur le terrain, d’apprendre autrement et notamment à positiver lors des moments de doutes.

Qu’est-ce qui vous a le plus motivé ?

Ornella : Ce qui m’a le plus motivé, c’est de croire en mes rêves et en mes objectifs donc j’ai tout fait et je continue de tout faire pour y arriver peu importe le temps ou le chemin que j’emprunte, j’y crois.

Alix : Ma plus grosse motivation était de me prouver à moi-même que je pouvais y arriver et me dire, je l’ai fait. Plus tard, je pourrai dire que c’est mon parcours et que j’en suis fière.

Considérez-vous être des exemples sur ce sujet ?

Ornella : Un exemple, je ne sais pas, mais je pense que les gens qui pensent qu’on ne peut pas y arriver se trompent.

Alix : Je ne sais pas, en tout cas si cette interview peut aider certaines joueuses blessées, c’est une bonne chose. Si non, non je ne me sens pas au-dessus de quelqu’un.

Quelles ont été les meilleures expériences pendant les rééducations de vos blessures ?

Ornella : Je pense que lorsqu’on se blesse on comprend qu’il ne faut rien prendre pour acquis. Et pour moi mes meilleures expériences ont été chacune des petites victoires du quotidien : réapprendre à marcher, à courir, à sauter etc.

Alix : Ma meilleure expérience s’est déroulée au CERS de Capbreton où le cadre de vie et de rééducation est incroyable. Tout le monde est dans le même cas de figure c’est-à-dire blessé. Au quotidien, on se sent soutenu, on peut échanger et travailler dans la bonne humeur. L’équipe médicale est extraordinaire et on ne se sent jamais jugé par les accompagnateurs. Enfin, c’est le lieu idéal pour apprendre à écouter son corps et se connaître davantage.

Avez-vous peur de vous re blesser ? Et si, c’était le cas, recommenceriez-vous une nouvelle fois une opération et le protocole de rééducation ?

Ornella : Je n’ai pas peur non, j’ai confiance en mon corps, ce qui doit arriver arrivera, je n’y pense pas. Je joue et si malheureusement cela arrive et bien à ce moment-là je ferais ce qu’il faut pour revenir encore et autant de fois qu’il le faudra.

Alix : Peur ? bien-sûr que non ! Si je devais recommencer, je le ferais sans hésiter ! Mais aujourd’hui je mets tout en œuvre pour que ça n’arrive plus jamais.

Un dernier mot pour motiver les jeunes joueuses victimes d’une rupture du LCA ?

Ornella : Il faut qu’ils croient en eux qu’ils ne perdent ni espoir ni motivation et qu’ils donnent le meilleur d’eux même pour atteindre leurs objectifs. Une blessure n’est pas un point définitif à une carrière, c’est juste un obstacle sur la route mais on peut le surmonter.

Alix : Ne jamais abandonner, toujours croire en soi et positiver. Comme je dis souvent « il y a plus de courage que de talent dans la plupart des réussites ».

 

Au cœur de cette interview, Or-jeu a décidé de recréer un duo emblématique du BLMA de ces deux dernières saisons à travers les blessures d’Alix et Ornella. L’objectif de cette dernière était de prouver que tout est possible quand on s’en donne les moyens, mais aussi de casser les stéréotypes… Et oui, les basketteuses de haut-niveau subissent, elles aussi, de nombreux obstacles. Alors si de votre côté vous êtes confronté à des blessures, n’oubliez pas que vous revenez pour vous. Si elles ont réussi à le faire plusieurs fois, vous pouvez vous aussi y arriver…

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4 Commentaires
  1. Toujours des articles passionnants à lire, de championnes qui ont encore devant elles leur meilleures années. Les blessures effectivement font partie d’une carrière. Mais se relever dénote un courage hors normes. Respect à AD39 et OB3

    1. Bonjour, merci beaucoup pour ce commentaire. En espérant que les prochains articles seront à la hauteur.

      Excellente journée

      Marion

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