Basketteuse engagée : donner c’est recevoir

Aujourd’hui, en ce dimanche 24 janvier, nous célébrons la journée du sport féminin. Si toute la semaine des actions ont été mises en place pour soutenir et promouvoir les féminines, Or-jeu voulait aussi apporter sa pierre à l’édifice. Et quoi de mieux que de partir à la rencontre d’une basketteuse engagée ? Si donner c’est recevoir, Diandra Tchatchouang montre que le statut de joueuse professionnelle ne se joue pas uniquement sur les terrains. Engagée sur et en dehors de la sphère basket, l’internationale tricolore revient avec nous sur les valeurs d’éducation, de mérite mais aussi sur son avenir d’après carrière.

Fières de partager avec vous ces valeurs permettant de prendre position et d’aider son prochain. Parce que nous pouvons toutes et tous faire quelque chose à notre échelle… pour ne plus jamais être Or-jeu.

L’éducation par le basket pour les petites filles est-elle essentielle pour toi ? Quels messages et valeurs souhaites-tu véhiculer ?

Oui c’est essentiel car l’éducation par le sport et ici le basket permet de se former en tant que personne aussi bien sur les terrains que dans la société. Les principales valeurs que j’essaie de véhiculer sont des valeurs de partage, de solidarité et d’entraide. Alors pourquoi ces valeurs ? Parce que ce sont des valeurs nobles qui m’ont portées jusqu’ici. Ce sont ces mêmes valeurs qui m’ont été inculquées à l’école de basket dès le plus jeune âge. C’est vraiment ce que je dirais à n’importe quelle jeune fille à qui je pourrais donner des conseils.

Est-il plus simple de s’engager/défendre différentes causes en utilisant « sa voix d’athlète professionnelle » ?

Je pense qu’il y a un peu des deux. Parfois c’est plus simple de s’engager sur différentes causes en utilisant sa voix d’athlète et dans d’autres situations cela peut être un frein.

Je m’explique, dans certains cas, notamment grâce aux réseaux sociaux et la communauté de la joueuse, il est plus facile de porter un message. Ce dernier a plus de chance de toucher du monde, de faire réfléchir et parfois les partenaires partagent ces valeurs et sont contents. Cela s’explique aussi par le fait, qu’en tant que sportif professionnel la presse attache plus d’importance et relaye plus facilement les informations.

Mais ça peut être aussi complètement l’inverse avec des partenaires qui ne sont pas d’accord avec la prise de parole effectuée par un joueur. Dans ce cas, le partenariat peut être coupé. Il y aussi une autre facette dont il faut parler :  le sportif se doit de rester dans sa posture de pratiquant de sa discipline. En France on n’attend pas d’un athlète qu’il prenne position sur un sujet de société, de politique. Il ne doit pas s’en préoccuper ni donner son avis sur ce qui se passe autour car ce n’est pas son rôle.

Une personne lambda qui s’exprime sur un sujet fort passe inaperçue alors qu’un sportif avec un peu de visibilité on va lui dire de rester concentré sur son sport. J’ai déjà eu la remarque « Tu es basketteuse, reste concentrée sur toi sur et ta discipline ». Mais, j’ai la chance d’avoir des partenaires qui me suivent et partagent les mêmes valeurs que moi. Enfin, lorsque je prends la parole c’est parce que je suis convaincue que c’est important, qu’il y a du sens derrière chaque mot et que le sujet me tient à cœur. Ce sont des causes nobles, légitimes comme le racisme, l’éducation par le sport par exemple.

Le podcast « Super humains » que tu as créé est un bel exemple pour inciter à la prise de parole de sportif. Peux-tu nous en dire davantage ? Donnez la parole aux sportifs est-il essentiel ?

Oui c’est le but recherché : inciter à la prise de parole de sportives et sportifs qui ne témoignent pas forcément sur des sujets un peu « sensibles ». Celles et ceux ayant participé ont adoré le concept et l’essentiel était de débattre ensemble. D’autres ont dû refuser par peur que leur communauté et/ou leurs partenaires ne valident pas leurs propos. Cependant comme je l’ai dit précédemment, c’est difficile pour un(e) athlète de s’engager.

Comment expliquer le fait qu’il y a peu ou pas d’athlètes engagés sur les sujets dits sensibles et notamment l’éducation des petites filles par le sport ?

Je pense que c’est lié à plusieurs choses, notamment à l’éducation mais pas seulement. C’est propre à chaque sportive/sportif. Certain(e)s sont plus engagé(e)s sur d’autres causes parce que c’est plus important pour elles/eux et cela se respecte même si je ne partage pas leurs convictions. De la même manière : les causes pour lesquelles je m’engage ne sont pas celles auxquelles ils souhaitent s’identifier. Au final, c’est un feeling, quelque chose qui se fait naturellement à partir d’un besoin d’aider, de parler et de créer des projets.

Dans mon cas, mes convictions ainsi que mes valeurs sont inspirées de l’endroit où j’ai vécu, de mon histoire. Et je comprends que certains athlètes se sentent « moins » légitimes à évoquer ces sujets. Cependant, ne pas prendre la parole ne veut pas dire qu’une personne n’est pas affectée par la cause mais je pense que pour beaucoup de raisons c’est difficile de prendre parti publiquement.

Récemment tu as prononcé ces quelques mots : « Je n’ai rencontré aucune barrière en rapport avec mes origines, mais quand je regarde autour de moi, je constate que l’égalité n’est que théorique par moments. » Le problème est-il le même dans le basket féminin ?

Pour moi oui, les problèmes que les femmes rencontrent dans le basket sont les mêmes que dans la société. Les stéréotypes, les tabous sont similaires. Une femme doit travailler plus intensément qu’un homme pour être légitimée. Un autre exemple, nous n’avons pas tous la même culture, la même éducation ni les mêmes chances de départ. Enfin, le sexisme, le racisme sont omniprésents et de ce fait l’égalité n’est que partielle. Nos conditions nous prédisposent à certaines choses et des mauvaises habitudes sont prises à partir de caractéristiques qui sont propres à chacun. En fonction de celles-ci nous sommes plus ou moins favorisés dans ce que nous entreprenons.

L’évolution je ne la vois pas tellement dans le comportement des personnes mais plutôt dans les réactions : le match du PSG face à l’équipe turque en est un très bel exemple. 5 ans en arrière on n’aurait jamais vu cette réaction et j’ai trouvé ça vraiment bien.

Concernant votre reconversion professionnelle, sera-t-elle orientée vers l’éducation et la promotion du basket féminin vers les plus jeunes ?

Je ne sais pas si je m’engagerais pleinement dans cette voie mais c’est sûr que j’y attacherai toujours de l’importance. Je suis en train de suivre des études à Science Po pour devenir journaliste et c’est quelque chose qui me passionne. L’avenir nous dira dans quel domaine je ferais ma reconversion professionnelle mais aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir pratiquer mon sport et mes études en France.

Au final, considères-tu être un exemple pour les jeunes filles ?

Non sincèrement je ne m’estime pas être un exemple ou un modèle à suivre. Alors oui, si je peux aider certaines joueuses, les inspirer c’est un plaisir pour moi. J’agis en étant moi-même avec mes convictions et mes ambitions qui me semblent importantes.

Questions décalées :

Combattre les clichés ou en faire une force ?

Il faut en faire une force. On ne devrait pas devoir en faire plus parce que nous sommes des femmes et pourtant c’est le quotidien. Cependant, accepter la fatalité n’est pas une solution que je souhaite véhiculer.

Mérite ou égalité des chances ?

Egalité des chances

Réussite scolaire ou réussite sportive ?

Réussite scolaire

Savoir-être ou Savoir-faire ?

Savoir-être car c’est quelque chose d’inné qui reste alors que le savoir-faire peut se travailler, s’acquérir. La personne l’emportera toujours même si dans le basket la performance est toujours mise en avant. Les liens que l’on peut tisser sont plus forts et permettent de faire de belles choses en équipe.

Si être une basketteuse engagée a ses aspects positifs comme négatifs, chez Or-jeu nous sommes fières de mettre en évidence la différence. Cette même différence qui fait notre force au quotidien et où la fatalité ne doit pas être acceptée. Oser prendre la parole c’est s’engager dans quelque chose de plus grand que soi. Alors merci à Diandra d’avoir accepté d’évoquer avec nous ce sujet si fort de sens.

Et vous, que faîtes-vous pour promouvoir le sport féminin ? Á la semaine prochaine… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

Une question ? Contactez-nous !

Pas encore de commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.