Au delà des terrains

Comme vous le savez, le pôle santé est un axe de réflexion important dans la ligne éditoriale d’Or-jeu. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous avons décidé de partager avec vous le thème de la préparation mentale : au delà des terrains, à travers Mélissa Micaletto. Ancienne joueuse professionnelle, elle est notamment passée par Reims, Dunkerque (LF2), Perpignan, Le Havre ou encore Le Hainaut (LFB) où elle a terminé sa carrière. Elle a décidé de continuer d’apporter au basket son expérience à travers une formation destinée à la préparation mentale notamment via Basket Impulsion. Si en France, la préparation mentale n’est pas encore ancrée dans les pratiques des joueuses et des clubs, la Covid19 a peut-être modifié la vision de la pratique et de ses impacts. De ce fait, nous allons nous intéresser un peu plus à ce sujet qui, nous espérons saura trouver sa place au delà des terrains. Entre perspective de progression et de développement personnel comme collectif, partez à la rencontre de la santé mentale de la joueuse… Pour ne plus jamais être Or-jeu !

La préparation mentale est encore un domaine très peu utilisé auprès des basketteuses ou du moins pas utilisé de manière optimale !  Comment expliquer ce manque d’intérêt auprès de cette préparation ? Et surtout comment faire évoluer les mentalités et intégrer ce processus aux entraînements ?

Je ne suis pas sûre que ce soit réellement un manque d’intérêt. Plus j’élargis mon cercle de travail auprès des jeunes joueurs potentiels, des parents de ces jeunes joueurs, et des entraineurs qui souhaitent se professionnaliser, plus je m’aperçois qu’il y a une réelle volonté de progresser dans ce domaine aussi. En parallèle de la technique, de la tactique ou de la préparation physique. Simplement, les moyens et la formation ne sont pas encore assez mis à disposition dans notre milieu. On a du retard par rapport à d’autres nations ou même d’autres pratiques sportives qui sont juste à côté de nous !

De mon côté, je l’explique essentiellement aujourd’hui par un manque d’information à ce niveau. Et certainement aussi par un manque de moyen alloué à cette nouvelle pratique dont les résultats sont encore trop vagues ou trop irrationnels pour certains. Comme c’était le cas pour la préparation physique il y a 10-15 ans.

C’est pourquoi, à titre personnel et à travers Basketball Impulsion, j’investis beaucoup de temps à démocratiser la pratique à l’aide de mon vécu d’ancienne joueuse professionnelle et de mes apprentissages actuels dans le milieu du coaching d’entreprise et du développement personnel.

C’est en train d’évoluer, certaines joueuses ainsi que certains entraineurs sont de plus en plus nombreux à se rendre compte que la seule volonté et la performance à tout prix, (le bon vieux No pain-No gain comme je l’appelle) ne fonctionne plus dans la durée.

Il y a aussi cette prise de conscience qui émerge, à savoir que se faire aider par un préparateur mental ou un psychologue du sport n’est pas un signe de faiblesse. Cela ne démontre pas non plus des problèmes psychologiques mais révèle plutôt un signe d’intelligence et d’humilité quant à ses propres limites d’humain.

Je pense que c’est notre rôle à nous, anciens joueurs, devenus éducateurs, entraineurs ou accompagnants, et ayant côtoyé la performance et parfois contre-performé aussi, de démocratiser ce discours plus réaliste. C’est notre rôle d’utiliser les médias sociaux pour montrer la réalité de l’entrainement et des sacrifices consentis tout au long d’une carrière . L’objectif n’est pas uniquement de s’en servir pour montrer les réussites qui arrivent en bout de course ou uniquement le côté « pailleté ».

En France, nous avons souvent l’impression que pour être performant cela se caractérise par la pratique sur le terrain, la préparation mentale et la vidéo sont reliées au second plan. Aujourd’hui, les mœurs évoluent, est-ce une bonne chose et surtout suffisant ?

Une bonne chose, oui indéniablement. L’être humain est fait par nature pour constamment évoluer. Stagner, surtout dans le domaine du sport, qui plus est, serait à mon sens une hérésie ! S’il y a bien un domaine qui doit être moteur de cette constante évolution c’est bien le sport. Maintenant, est-ce suffisant, je ne sais pas. Je suis de nature, très tournée vers la progression et la recherche d’excellence. Donc dans mon prisme, lorsque l’on se dit que c’est suffisant, on s’arrête de progresser et on se contente de l’existant et de l’acquis.

Je n’ai pas de jugement quant à cette mentalité, ce n’est simplement pas la mienne et je ne pense pas que cela puisse être celle d’une sportive de haut niveau voulant performer dans la durée. Elle, qui par nature cherche chaque jour à être meilleure que la veille et à atteindre son potentiel maximum.

Le confinement « force » les équipes et les joueuses à revoir leurs habitudes de travail, la préparation mentale pourrait être un axe à développer davantage pendant cette période « de confinement ».  Penses-tu que cette pratique se soit démocratisée durant ces périodes ?

Je l’espère sincèrement et j’y travaille de mon côté ! On a tous à y gagner. J’ai l’impression que le confinement a fait bouger un système ronronnant depuis quelques années, qui ne demandait qu’à être dépoussiéré. Concernant notre milieu, celui du basket, dans mon prisme il y a une nécessité de séparer le basket de haut niveau du basket amateur. Pour pouvoir travailler davantage en qualité, d’un côté, comme de l’autre.

Le fonctionnement associatif pour tous ne fonctionne plus lorsque l’on parle de haut niveau. Il y a une nécessité à passer sur un modèle économique davantage structuré comme une petite entreprise chez les féminines (comme c’est le cas chez les masculins depuis quelques années déjà). Ce qui permettrait d’aller vers un système plus agile et plus orienté vers la performance pour le haut niveau (avec l’utilisation d’outils sur mesure pour la performance comme la robotique ou la préparation mentale) et d’aller davantage vers une pratique sans compétition, conviviale et solidaire pour le secteur amateur.

Comment caractériserais–tu la préparation mentale de groupe réalisée auprès d’une équipe ? Quels points sont travaillés et à quels moments faut-il le faire ? Quels sont les avantages ?

Ah le sujet de l’équipe, un de mes préférés ! Pour moi, le plus gros du travail d’équipe sur la préparation mentale est à faire sans ballon !
Les fondations, comme dans une entreprise d’ailleurs, ou comme dans tout projet mené en commun, sont à poser dès le départ. Cela veut dire qu’il y a un temps à prendre en dehors du terrain, autour d’une table, pour réfléchir à la vision commune de l’équipe, aux règles d’équipe à co-construire de l’entraineur aux joueuses, et aux rôles que chacun va prendre dans l’aventure commune. Et ça, ça ne peut se passer qu’en dehors du terrain dans un premier temps.

Bien évidemment, une fois ce travail fait, il est à mettre en application directe sur le terrain par expérimentation et des points réguliers sont à observer tout au long de la saison. Il y a, là encore, une nécessité d’être agile dans l’aventure sportive commune et de ne pas laisser des situations en suspens ou sans réponse.

Les plus gros avantages que j’ai pu constater jusqu’à présent sont :

  • une cohésion du groupe qui émane du groupe lui-même et pas d’une construction imposée par la hiérarchie.
  • Une possibilité de faire des ajustements in-situ puisque les règles appartiennent à tout le monde et qu’elles ont été acceptées par tous.
  • Une confiance renforcée dans le club, dans le projet commun et en chacun des membres de l’équipe.
  • Une communication plus transparente et plus authentique entre les membres de l’équipe, donc moins de non-dits et moins de possibilité d’avoir des conflits latents en interne.
  • Une aventure humaine nourrissante pour tous, le fameux et souvent recherché : grandir ensemble.
  • Une affirmation individuelle et une possibilité de prise de position de chacun des acteurs du jeu.

En quoi la préparation mentale individuelle est complémentaire de la préparation mentale réalisée en équipe ?

Ce sont deux types de préparation bien distinctes à mon sens. Comme je le disais à la précédente question, la préparation mentale d’équipe est notamment axée sur la co-construction et l’intelligence collective dans la durée.

La préparation mentale individuelle relève quant à elle des problématiques rencontrées à titre personnel, et des objectifs individuels de chacun des membres de l’équipe.

Elle permet une prise de hauteur/recul sur ses actions au quotidien et par conséquent permet la progression par la modification de certains comportements dans le temps. Elle est complémentaire puisque le combo des deux amène une forme de sérénité et de pérennité.

Selon ton expérience professionnelle, quels sont les axes qui prédominent lors des séances individuelles avec une joueuse ?

Apprendre à se connaitre en profondeur. On a une fantastique machine (que j’apparente à une Bugatti Veron) mais on naît sans le mode d’emploi, il nous reste donc une vie pour apprendre à la maitriser. C’est en général ce qui « solutionne » tout le reste, sans tomber dans la facilité. De ma fenêtre, les problèmes de confiance en soi sont un faux problème en apparence.

Nous ne manquons pas de confiance en nous, nous ne connaissons juste pas encore toutes les facettes de nos possibilités. Et nous avons besoin dans un premier temps de faire des expériences concrètes pour nous découvrir puis de prendre le recul nécessaire pour mettre en lumière ce qui est propre à chacun et nous appartient. C’est un travail de fond, et le sport est un fantastique moyen/outil pour révéler ce mode d’emploi.

Le basket s’avère être une discipline où l’effort physique n’est pas le seul déterminant de réussite. La préparation mentale devient de plus en plus importante dans la compréhension de soi mais aussi du collectif. Là où certaines pourraient voir cela comme une faiblesse, d’autres voient cela comme une opportunité de progresser personnellement comme collectivement. Et si la démarche peut être personnelle, dans certains clubs, des professionnels encadrent les joueuses et l’équipe pour essayer de tirer le meilleur du groupe. Parce que la santé mentale se joue également hors du terrain… 

Merci à Mélissa d’avoir partagé avec nous ce sujet, qui, nous espérons sera se démocratiser dans le basket féminin, pour aider chacune dans les problématiques qui sont les siennes.

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